Art contemporain

Le Musée Rath dépoussière des œuvres genevoises

Des pièces du Mamco et du Musée d’art et d’histoire sorties de l’ombre

Le Musée Rath dépoussière des œuvres genevoises

Art contemporain Des pièces du Mamco et du Musée d’art et d’histoire sorties de l’ombre

Elles nous appartiennent, mais on ne s’en aperçoit guère: les œuvres acquises au fil des 40 dernières années par les quatre institutions publiques genevoises dédiées à l’art contemporain dorment la plupart du temps dans les réserves. C’est le cas des fonds respectifs de la Ville et du canton, qui ne disposent pas de lieux d’expositions, et à l’origine étaient voués à la décoration, et de beaucoup de pièces du Musée d’art et d’histoire et du Mamco, visibles par tournus. Pourtant, les peintures, installations, sculptures, photographies, vidéos présentées aujourd’hui au Musée Rath nous sont familières. Car si elles ne sont pas exposées en permanence, elles l’ont été, au fil de diverses manifestations. Il faut croire que ces œuvres clés sont importantes, voire percutantes, puisqu’on s’en souvient si bien!

Pour l’occasion, le Musée Rath a fait peau neuve, ce qui lui va bien: cet espace réputé difficile se voit doté d’un éclairage au néon, organisation du Mamco oblige (Christian Bernard est le commissaire général de la manifestation), et divisé par des cloisons en 19 salles de dimensions diverses, adaptées aux travaux montrés. Au sous-sol, une aile est réservée à de grandes pièces en noir et blanc, qui flashent le spectateur (telle cette toile imposante à l’acrylique, aux effets optiques, de Philippe Decrauzat). En face, une magnifique installation de Mario Merz, dûment reconstruite, bénéficie de l’espace adéquat – alliage de sarments de vigne et de chiffres lumineux, du bleu froid des néons. Les incontournables de la scène locale, mais d’audience internationale, sont naturellement présents, à commencer par John Armleder, suivi de Christian Marclay ou du regretté Balthasar Burkhard (au lieu de la fameuse aile de rapace, c’est un buffle qui a heureusement été choisi, et qui nous dépayse).

Tony Cragg, via une pièce murale de 1980 (La Palette), alors que cet artiste britannique était encore «émergent», illustre somme toute le flair des conservateurs genevois, et surtout le fait que l’audace qui consiste à miser sur «l’art en train de se faire» en vaut la peine: devenue un classique, une telle pièce aujourd’hui serait inaccessible.

Dessins et gravures

L’exposition, qui comprend également des salles vouées au dessin, où dialoguent les propositions de Silvia Bächli, Fabrice Gygi, Alain Huck, Didier Rittener, est l’une des pièces de l’édifice à plusieurs étages commémorant les vingt ans du Mamco, ouvert en 1994: au moment de quitter cette institution engagée dans la défense d’un art audacieux, qu’il a dirigée durant ce laps de temps, Christian Bernard entend réaffirmer encore une fois le rôle de ce musée «comme machine à produire des situations expositionnelles».

Alors, l’art genevois, ou l’art qui s’est arrêté dans cette ville du bout du lac, quelles spécificités? Tel qu’on le découvre ou redécouvre ici, sans doute une ouverture en direction des sons, de la musique d’avant-garde, avec les pièces hybrides d’Armleder, Marclay, Valentin Carron; un intérêt marqué pour le dessin, la gravure; un goût pour le réalisme photographique (les grands visages évanescents de Franz Gertsch), et cette «chambre d’hôtel» (The Motel Room) de George Segal, de 1967, sculpture en plâtre moulé près de laquelle, avant l’ouverture, au moment des derniers préparatifs et nettoyages, on cirait le sol, comme dans une vraie chambre d’hôtel. Un goût, aussi, pour l’art géométrique, ou néo-géo. Fruit de la bonne entente de quatre instances compétentes, et parfois un peu concurrentes, cette exposition témoigne que l’art fait partie de nos vies, et qu’il nous appartient. Autant en profiter…

Biens publics. Musée Rath (place Neuve, Genève, tél. 022 418 33 40). Ma-di 11-18h. Jusqu’au 26 avril.

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