Le «i» du MIR, Musée international de la Réforme, a désormais une assise plus solide. Il y a quelques mois, grâce aux amis du Musée, l’institution genevoise a pu acquérir un recueil précieux, puisqu’il comprend notamment des éditions originales de cinq textes de Martin Luther, dont Le Traité de la liberté chrétienne et le Prélude à la captivité babylonienne de l’église, «deux textes sans lesquels il n’y aurait pas eu de Réforme», situe le directeur, Gabriel de Montmollin.

En 2017, lors du grand anniversaire: Il y a 500 ans, Martin Luther lançait l’incroyable «buzz» de la Réforme

Un recueil sur mesure

L’ouvrage se trouvait dans le grenier d’un collectionneur genevois. Il s’agit d’un recueil fait sur mesure de 14 textes parus de 1520 à 1523. Les prises de position étaient alors publiées sous forme de fascicules, et les particuliers les faisaient relier pour obtenir des volumes solides – dans ce cas, 660 pages. Outre les textes de Luther, sont présentes des pages de Zwingli ou de l’Allemand Philipp Melanchthon, grand défenseur du réformateur allemand, ainsi que la bulle pontificale prononcée par Léon X contre Luther et ses «erreurs».

Même si le fait de voir une telle rareté en émeut certains, elle doit être présentée sous vitre, ce qui limite la découverte de l’objet. Le MIR a donc développé une application ad hoc, disponible sur une tablette à côté du livre, qui en propose des passages traduits, des présentations de chaque chapitre et des mises en perspective.

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Une stratégie de victimisation

L’histoire de certains textes ne manque en effet pas de piquant. Rédigeant le Traité…, Luther y incluait un éloge de Léon X, assurant que seule sa curie serait infestée d’esprits dévoyant la Parole. Peu avant la publication du texte, Luther apprend qu’une bulle pontificale se prépare, violente attaque de Rome qui précédera de quelques mois son excommunication. Il fait alors antidater l’ouvrage afin de prétendre l’avoir offert au monde plus tôt qu’en réalité. De ce fait, il passait pour la victime de la broyeuse papale.

Ces fascicules de Luther et ses proches en idées, dans ces mois agités dès 1520, «racontent le moment où la révolte contre l’Eglise romaine se tourne en mouvement pour une nouvelle Eglise», reprend Gabriel de Montmollin. Alors que le musée niché contre la cathédrale comportait une copieuse, et évidente, collection liée à Calvin, l’arrivée de ces textes fondateurs de Luther, et de Zwingli, lui ajoute une pièce rare dans sa présentation du plus grand tournant moderne du christianisme.

En 2017: Luther et les Juifs


Au Musée international de la Réforme, exposition permanente. La présentation temporaire de «Silence on prêche!», sur les liens religion-cinéma, est prolongée jusqu’au 27 septembre.