Comment faire vivre un musée lorsque celui-ci doit laisser ses portes closes? C’est la question que s’est posée l’ensemble des grandes institutions suisses suite aux mesures prises par le Conseil fédéral le 13 mars dernier. Question d’autant plus épineuse pour le Musée d’art moderne et contemporain (Mamco) de Genève et le Musée cantonal des beaux-arts (MCBA) de Lausanne, qui venaient chacun d’inaugurer en février des expositions annoncées comme des moments forts de leur histoire.

Le MCBA avait verni le 13 février A fleur de peau. Vienne 1900, tandis que le Mamco proposait la plus importante rétrospective à ce jour de l’artiste Olivier Mosset, une des figures centrales de la peinture abstraite d’après-guerre. Deux expositions d’envergure, brutalement interrompues quelques semaines seulement après leur inauguration. Au début de la crise, directeurs et conservateurs gardaient encore espoir, à l’image de Julien Fronsacq, conservateur en chef du Mamco: «On a d’abord pensé qu’on pourrait fonctionner à bas régime, en contrôlant le nombre d’entrées ou en restreignant le nombre de visiteurs. On souhaitait éviter la fermeture totale de l’établissement.»

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Pour les deux musées, l’heure est à la réorganisation générale tant des équipes que de la programmation. Car ce type de fermeture a une influence sur plusieurs années. «Contrairement à certaines entités culturelles, nous travaillons sur des temporalités longues. La programmation est prévue d’année en année, et des interruptions comme celles-ci bouleversent l’entièreté du musée et de ses collaborations internationales», explique Julien Fronsacq.

Des prolongations sur la bonne voie

Pour le moment, le MCBA est censé rouvrir le 1er mai. L’interruption de ses activités serait donc d’un mois et demi. Bernard Fibicher, son directeur, estime que les répercussions de cette fermeture se feront ressentir jusqu’en 2022. «Tout le travail de programmation effectué reste très hypothétique car cette date de réouverture est incertaine. Si on redémarre vraiment le 1er mai, on n’aurait au total que dix semaines d’exposition, au lieu des quinze initialement prévues, pour Vienne 1990.» Pour cet accrochage, comme pour la rétrospective Olivier Mosset, des prolongations sont souhaitées et sont sur la bonne voie. A l’heure actuelle, les deux institutions contactent les propriétaires des œuvres pour étendre les expositions jusqu’au début de l’été.

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En plus des pertes liées à la vente des billets, les musées continuent d’avoir des frais fixes, comme les salaires. Les œuvres doivent en outre toujours être surveillées, et continuent d’être assurées à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de francs, note Bernard Fibicher. Du côté du MCBA, dont le budget de fonctionnement s’élève à 8 millions de francs, le canton a assuré que la fermeture n’aurait aucune influence sur sa subvention.

Au Mamco, l’avenir est moins serein: le musée est au bénéfice d’une convention de subvention avec le canton et la ville de Genève, mais près de 50% de ses ressources proviennent de fonds privés. «On sait que de nombreuses institutions culturelles auront besoin d’aide financière après l’épidémie. Il faudra voir comment ces fonds privés vont se manifester et agir, mais on peut déjà estimer que l’impact financier sera visible sur le long terme», souligne Julien Fronsacq.

Offre numérique

Malgré la fermeture physique des espaces muséaux, des alternatives en ligne voient le jour. Le MCBA «toque à nos écrans» avec deux activités disponibles sur son site. Chaque lundi matin, l’institution lausannoise propose une activité à réaliser chez soi, inspirée de ses collections. La seconde activité s’intitule «Room service»: elle est composée de 150 notices se penchant sur les œuvres significatives du musée. Ces nouveautés s’ajoutent à l’offre des réseaux sociaux, où est également présentée une sélection de pièces significatives.

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Idem au Mamco, qui met en ligne des œuvres de sa collection. Le centre d’art propose en outre chaque jour, sur Instagram, un focus sur un objet particulier. Pas de visite virtuelle donc, contrairement à ce que font d’autres musées, comme le Kunsthaus de Zurich ou le Belvédère de Vienne. Mais les deux musées genevois et vaudois disent encore réfléchir à d’autres initiatives facilitant l’accès à la culture en période de pandémie.