La fleur au micro. Et puis plantée dans les cheveux, comme Billie Holiday qui ne savait chanter sans un gardenia en guise de peigne. Vanessa da Mata, qui ouvre ce Paléo du Brésil. Il y a des drapeaux partout, qui défendent l'ordre et le progrès, mi-jaune mi-vert. Il y a des boissons sirupées, faites de canne à sucre. Et puis des musiciens, partout, qui parlent la même langue de diphtongues mais vivent à des milliers de kilomètres les uns des autres. Ils regardent tous des séries faites pour eux sur leur télévision globale. Et ils écoutent tous les mêmes sons, qui ne se ressemblent pas, mais sur lesquels ils ont posé un label. Péremptoire. MPB.

Vanessa da Mata dit ce Brésil-là. Trop grand pour être saisi. Trop cohérent pour se laisser trancher. En trois chansons, elle a captivé mille stations radio, les plateaux filmés, les icônes qui la précédaient. MPB. Musica Popular Brasileira. Certains, mal informés, prétendent qu'il s'agit d'une variante vaguement identitaire de la pop internationale. Ils s'en repentent, de ces conclusions urgentes, en cette première nuit de Paléo. Rien n'est plus brésilien que Vanessa da Mata qui murmure avec Ben Harper. Tout au fond de cet esperanto mélodique dans lequel cinq continents puisent et qui justifie MTV, il existe quelque chose en Vanessa qui rappelle le Mato Grosso, le Minas Gerais, ces états fondus dans la forêt ou le désert.

Difficile à dire, un tambourin, une certaine idée délitée des rythmes composés, une guitare qui va se percher là où personne n'ira la récupérer. Vanessa da Mata, ancienne gravure de mode devenue basketteuse pour mieux chanter, pratique la scène aux pieds nus. Mais il suffit d'un geste, un bref détour de hanches, la glissade d'un buste; un seul geste et cette femme, qui pourrait ressembler à toutes les jeunes divas du grand monde, grave ce qui la distingue. Une grâce.

Cette chronique relate les nuits brésiliennes du Village du Monde