Percussions à fleur de nouvelles peaux

Le Genevois Philippe Spiesser a participé à l’élaboration de deux nouveaux instruments

«Revenir à soi, à ses premiers pas, à ses sensations de débutant»: Philippe Spiesser dit sa fascination pour les instruments augmentés, et la source d’inspiration qu’ils constituent dans sa trajectoire d’artiste. Percussionniste et concertiste, invité des grands festivals (Musica à Strasbourg, Ars Musica à Bruxelles…), ce professeur à la Haute Ecole de musique de Genève collabore à plusieurs projets d’organologie 2.0. «Il faut réapprendre certains réflexes, en acquérir de nouveaux. Le cadre n’est pas connu: c’est à la fois une prise de risque et une manière unique de progresser.»

Dans le cadre de sa résidence au Centro Ricerche Musicali de Rome, depuis 2012, Philippe Spiesser travaille au développement de Feed Drum et SkinAct, deux dispositifs conçus par le compositeur Michelangelo Lupone. «SkinAct est constitué de trois grandes peaux munies d’actuateurs qui permettent de maintenir la vibration et de la modeler avec beaucoup de finesse», explique-t-il. Le roulement (de tambour) mis à part, la percussion ne permet pas de jouer des sons continus. Avec son système de pédale, SkinAct déverrouille cette possibilité: les actuateurs, de petits mécanismes disposés au pourtour de la peau, réactivent l’onde vibratoire de manière régulière et durable. Quant à Feed Drum, il met la membrane en résonance par le biais d’un haut-parleur disposé au-dessous. L’air chassé par le speaker propage la longueur d’onde souhaitée, ave plus d’ampleur que pour SkinAct. «C’est assez impressionnant: la membrane peut vibrer avec une amplitude de 3-4 cm.»

Des paramètres techniques que Philippe Spiesser porte ensuite sur scène, à l’image du Chant de la matière, une création dans laquelle la tessiture et la vocalité des peaux se répondent et s’entrechoquent au gré d’un fascinant bestiaire de sons et de lumières.

A la HEM de Genève, Philippe Spiesser planche sur un nouveau projet baptisé «Geste Kinect et Percussion», promis au démarrage en 2015. «Il s’agira d’un cube virtuel, à l’intérieur duquel les mouvements de l’interprète vont changer les paramètres du son.» L’interface sera pilotée via l’outil de captation de mouvement Kinect, venu de l’univers vidéo-ludique. Avec, en ligne de mire, la frontière symbolique d’un jeu instrumental entièrement immatériel, au gré duquel le résultat acoustique répond au mouvement d’un corps libre comme l’air. Des représentations sont d’ores et déjà prévues, notamment dans le cadre du prochain Festival Musiques et Sciences de Genève.

philippespiesser.com