Il a 15 ans, il s'appelle David Kadouch, il a les cheveux coupés tout court comme un G.I. Mais il n'est pas un guerrier, il a le cœur ouvert. Ce jeune pianiste né à Nice donnait un récital, mardi après-midi, à la chapelle de Gstaad. En deux mois, il a appris les quatre «Ballades» de Chopin, avec son nouveau professeur Jacques Rouvier du Conservatoire national supérieur de Paris. Et voilà qu'il les enchaîne, devant une foule compacte, devant ses parents, son ancien professeur Odile Poisson et une caméra vidéo qui le filme.

Le trac est d'autant plus palpable que l'acoustique n'est pas franchement idéale. Le piano est situé à l'une des extrémités de l'église. L'effet est celui d'une grande cloche qui amplifie les sons. Il faut donc clarifier la trame harmonique pour éviter un excès de réverbération. Impossible de tricher.

De toute évidence, le petit David Kadouch n'a pas l'âme à cela. Il respire la musique à pleins poumons, cela se voit physiquement. Il entame la «Première Ballade» de Chopin sans se presser, délimitant clairement le paragraphe d'introduction. Puis la mélodie se met à couler, en quête d'une quiétude intérieure qui n'aboutira jamais. David Kadouch resserre le discours musical tout en le laissant respirer; il capte sciemment le caractère de chaque épisode mais sans débordement inutile. Il reste encore à approfondir le sens du texte. Mais voilà que dans la «Quatrième Ballade», David Kadouch parvient à trouver une respiration en profondeur qui rythme la musique en vastes paragraphes.

C'est le signe d'un grand pianiste: savoir respirer la musique pour l'amener à la vie. Toujours dans cette «Quatrième Ballade», la conduite de la basse est souveraine, elle accompagne des mélodies aux résonances de chorals – l'héritage baroque –, de cantilènes italiennes ou de chants polonais. Le cœur de Kadouch s'est enfin ouvert.

* Cette chronique relate les coulisses du festival «Les Sommets Musicaux de Gstaad» qui se déroule jusqu'au 4 mars.