Il n'est pas danseur, il est pianiste. Mais son parcours ressemble à celui de Billy Elliot, dans le film de Stephen Daldry. Lui aussi est né à l'écart, dans la vallée de Turbach, près de Gstaad. Lui aussi a découvert qu'il avait un don, que la musique le traversait par les mains. Un piano droit, apprivoisé dans une ferme, et voilà qu'un talent musical naissait au grand jour.

Reto Reichenbach est l'enfant du pays, la gloire locale qui a conquis le monde. Voilà pourquoi la chapelle de Gstaad était bondée pour son récital mercredi après-midi.

Ce fils de paysan, dont la mère jouait de la flûte, a pris ses premières leçons à 10 ans. «Nous avions un piano droit. Très vite, la musique est devenue plus qu'un hobby.» Avec son professeur Katalin Stojanovits, il apprend les bases. Puis à 16 ans, il entre au Conservatoire de Berne, dans la classe de Tomasz Herbut. «D'abord, mes parents étaient réticents. Puis mon oncle, qui enseignait le solfège, les a rassurés.» Son diplôme de virtuosité en poche, à 22 ans, Reto Reichenbach s'envole aux Etats-Unis – d'abord au Conservatoire de Peabody, puis à l'Université de Yale.

Aujourd'hui, il vit à Bâle. Il donne des concerts en Suisse, en Allemagne; il accompagne des chanteurs. Lors du récital d'hier, son jeu respirait une grandeur mâle. «Je préfère un Chopin plutôt structuré.» Reto Reichenbach est un pianiste-architecte qui a les pieds sur terre, mais l'esprit dans l'au-delà. «La musique est un don de Dieu», dit-il. Et plutôt que de l'enterrer dans sa vallée de Turbach, il a choisi de le divulguer au grand monde.

* Cette chronique relate les coulisses du festival «Les Sommets Musicaux de Gstaad» qui se déroule jusqu'au 4 mars.