Décidément, tout change. Même le bon vieux métier de «kapellmeister» se met au goût du jour. Disciple du strict Swarowsky à Vienne, du génial Franco Ferrara à Sienne, assistant de Karajan pendant dix ans, le chef d'orchestre Bruno Weil s'est longtemps profilé comme le parfait héritier de la tradition musicale germanique. Puis un jour, la révélation des instruments d'époque. «Ce n'est pas tant les instruments eux-mêmes qui m'ont intéressé, précise-t-il, mais plutôt ce qu'ils nous apprennent sur la musique du passé.» Lundi et mardi, le chef allemand dirige l'Orchestre de chambre de Lausanne dans un programme Beethoven, Mozart, Schubert, avec en soliste le pianiste Christian Zacharias.

La vie du musicien itinérant ne ressemble pas à une partie de plaisir. Surtout quand on passe de Boston à Vienne, de Lausanne à Melbourne en quelques semaines. Malgré un agenda surchargé, Bruno Weil, 50 ans, est plutôt du genre à prendre le temps. Le temps de peaufiner ses interprétations, de réfléchir à la spécificité d'un style et d'un langage, de se familiariser avec une époque. «On lit trop souvent l'histoire à l'envers. Pour comprendre Schubert, il me paraît plus important de connaître la musique de Schütz que celle de Mahler!», rappelle-t-il volontiers. Rencontre avec un classique devenu moderne pour mieux servir ses… classiques favoris.

Le Temps: Bruno Weil, comment en êtes-vous venu à diriger des orchestres sur instruments d'époque?

Bruno Weil: C'est une longue histoire. Il y a une trentaine d'années, mon professeur Hans Swarowsky parlait déjà d'authenticité, de tempi, d'articulation et d'équilibre sonore dans la musique du passé. J'ai commencé ma carrière dans la plus pure tradition des «kapellmeisters» à l'allemande, en devenant directeur musical à Augsburg. Puis, j'ai rencontré le producteur discographique Wolf Erichson, qui enregistrait des disques avec l'ensemble canadien Tafelmusik, qui joue sur instruments d'époque. Il m'a proposé de diriger cet orchestre. J'ai découvert des musiciens qui n'avaient aucun préjugé, aucune routine, aucune (mauvaise) habitude par rapport à la musique de la période classique. Leur approche n'en est que plus stimulante.

– Quel est selon vous la caractéristique du style classique?

– Dans la musique classique, les affects changent tout le temps, l'expression est très mouvante, alors que dans le baroque, on ne trouve qu'un seul affect à la fois – la tristesse, la joie, etc. La musique du XVIIIe siècle fonctionne comme un langage parlé. Quand je dirige une œuvre de cette époque, j'imagine des phrases cachées dans la musique. Chaque compositeur possède son propre langage. Haydn utilise des structures très complexes, Mozart les préfère limpides. Chez Schubert, la forme reste simple, mais les harmonies changent constamment. Il faut sentir les modulations, les souligner par des couleurs différentes. Cet aspect revêt à mes yeux plus d'importance que la sonorité. Mais il n'y a pas de vérité absolue. Haydn était fou de joie lorsqu'il pouvait disposer d'un orchestre avec 40 violons, au lieu des quatre ou cinq habituels! Je continue à diriger des orchestres sur instruments modernes, comme l'OCL, parce que la plupart d'entre eux ont compris qu'il est nécessaire d'effectuer un travail de dépoussiérage de la tradition. C'est une question de survie.

Bruno Weil dirige l'Orchestre de chambre de Lausanne dans des œuvres de Beethoven, Mozart et Schubert, avec en soliste Christian Zacharias (piano), Lausanne, Salle Métropole, lundi 30 à 20 h 30 et mardi 31 à 20 h, Billetel.

A écouter:

Schubert, «Symphonies 5 et 6». The Classical Band, Sony.

Haydn,«Theresienmesse, Nelsonmesse». Tafelmusik, Sony.

Beethoven, «Concertos pour piano 3 et 4». Immerseel, Tafelmusik, Sony.