Dans les magazines du son, cela s'appelle un banc d'essai. On teste des chaînes de haute fidélité et on les compare. Gstaad fait la même chose. Mais au lieu d'évaluer les performances techniques de machines, ce sont des jeunes pianistes qui jouent devant un parterre de mélomanes. Chaque jour, à 16 heures, la chapelle de Gstaad devient le haut lieu d'un récital, et ce jusqu'à dimanche prochain. Premier candidat: Dmytro Sutkhovienko.

Le parallèle est surprenant entre une chapelle blanche, qui a l'air d'une arche échouée au milieu du village de Gstaad, et ce pianiste qui perpétue un art en voie de perdition. Né en Ukraine, il a connu l'ancien système d'éducation soviétique, au Conservatoire de Kiev. Il revendique l'héritage de Felix Blumenfeld, qui forma Vladimir Horowitz, au début du siècle dernier.

Et voilà cette mélodie de Chopin qui émerge des profondeurs pour signifier son existence. Une mélodie qui demande à être reconnue, entendue par le monde. N'est-ce pas ce que recherche tout jeune pianiste? Le «Nocturne op. 27/1» ressemble à un chant de l'exil. Sous leurs élans de séduction, que l'on gobe comme des dragées, les «Valses» posent une question, la même toujours et encore: qui suis-je, où est la vérité? Dmytro Sutkhovienko est un pianiste de 28 ans qui se cherche. Et voilà pourquoi son jeu, fin, subtil, parfois désespéré, touche de si près.