Sa modestie en avait fait un homme de l'ombre, mais sa redécouverte était en bonne voie. Michel Colombier, qui est décédé dimanche à Santa Monica des suites d'un cancer, à 65 ans, n'en aura vu que les prémices. Auteur d'une centaine de musiques de film, il était aussi connu comme l'arrangeur des grands de la chanson, de Gainsbourg à Madonna, ainsi que le co-compositeur, en 1967 avec Pierre Henry, du ballet de Maurice Béjart Messe pour le temps présent. Il était père de six enfants issus de deux mariages.

Né à Lyon en 1939, Colombier était le fils d'un cordonnier, violoniste à ses heures, qui lui avait transmis le devoir d'humilité. Après quelques années au Conservatoire de Paris, il s'en éloigne pour élargir son horizon musical et rencontre Michel Magne, dont il devient le «nègre» sur nombre de musiques de film. Ce dernier l'introduit chez Barclay comme directeur musical. Il mène dès lors en parallèle arrangements (Aznavour, Barbara, dont «L'aigle noir») et musiques de film (L'Arme à gauche de Claude Sautet). Il épaule ensuite Serge Gainsbourg pour plusieurs films (dont L'Horizon de Jacques Rouffio et son fameux thème «Elisa»), Vittorio De Sica lui faisant signer sa première partition «officielle» (Un Monde nouveau, 1966).

Après le coup de maître de Messe pour le temps présent, véritable classique de la modernité, et un 33 tours personnel (Capot pointu), il accompagne Petula Clark aux Etats-Unis et y fait la connaissance d'Herb Alpert, fondateur du label A & M, qui lui donne carte blanche. Ce sera l'album Wings (1970), une tentative de fusion entre symphonique, jazz et rock qu'il considérait comme son chef-d'œuvre. Dès lors, malgré des commandes en France de Marcel Carné (Les Assassins de l'ordre), Jean-Pierre Melville (Un Flic) et Philippe Labro (L'Héritier, Le Hasard et la violence, L'Alpagueur), il voit son avenir outre-Atlantique et s'y installe en 1975.

Maurice Jarre, Georges Delerue et Michel Legrand l'ont précédé en Californie et c'est sans problème qu'il y trouve du travail. C'est toutefois pour Jacques Demy qu'il signera sa composition la plus marquante, pour la «tragi-comédie musicale» Une Chambre en ville (1982), échec public et cause critique célèbre. A Hollywood, à partir d'Against all Odds (Taylor Hackford, 1984), on apprécie surtout sa discrétion. Son travail tend à s'effacer derrière les chansons, il devient le spécialiste de films «black» et voit sa carrière décliner de comédies anodines en téléfilms insipides, jusqu'à sa récente redécouverte en France (via la série TV Largo Winch, la compilation Dreams et son travail avec Air).