Classique

Musique classique: l’OSR en majesté avec Kissin et Krivine

Le concert de l’An a mis l’orchestre en valeur dans un programme original

Ce n’est pas parce que la célébration officielle du centenaire vient de s’achever que la saison de l’OSR ne continue pas. Mercredi soir au Victoria Hall, le traditionnel concert de l’An des amis a revêtu ses habits de fête. Visuellement d’abord, avec une création florale hors norme qui révélait, en hauteur de scène, deux immenses paons fleuris et emplumés.

Musicalement, l’éclat a aussi été assuré par les deux musiciens invités: le chef Emmanuel Krivine et le pianiste Evgeny Kissin. A priori, ces deux personnalités semblent opposées, tant par leur culture que par leur caractère, leur génération ou leur style. Mais on découvre une certaine parenté musicale dans le 1er Concerto pour piano de Liszt.

La similitude de leur approche? Majesté, carrure, profondeur, rondeur et puissance. Pour la virtuosité, Evgeny Kissin s’impose évidemment en maître. Ses cascades liquides de gammes et d’arpèges, sa liberté technique et son naturel de déclamation soutiennent un cantabile intense et impriment une grande fluidité à la partition.

Entre méditation et exaltation

Cet art, aussi impérial qu’impérieux, va puiser aux sources du grand lyrisme, sans pudeur ni effet, juste là où la note vibre. Les attaques sont massives sans dureté, les cantilènes chantent entre méditation et exaltation, comme si les extrêmes n’existaient que pour fusionner. Quant à l’autorité, indiscutable, elle ne sert qu’une seule nécessité. Celle de faire entendre l’œuvre, du plus haut de l’esprit au plus profond de l’être. Somptueux, Liszt s’est vu agrémenté en bis d’un Tango dodécaphonique humoristique et très habilement composé par le pianiste.

Sur le plan symphonique, le bonheur se situe ailleurs. La gestique particulière d’Emmanuel Krivine, main droite ourlée, dos droit comme un i et énergie bondissante, est toujours surprenante. Mais elle s’avère très efficace dans la montée des tensions et la définition des couleurs sonores.

Pour le 3e poème symphonique des Préludes, le chef donne d’abord toute sa valeur au silence, qu’aucune toux intempestive ne vient troubler tout au long du concert. Un signe… Et c’est un plaisir de retrouver avec lui une certaine vision de la direction héritée des grands maîtres. On pense à Böhm, bien sûr, son mentor, mais aussi à tous ces artisans du grand son et de l’interprétation apollinienne.

Magnifique «Seejungfrau»

Prendre le temps du déroulement narratif et mélodique, appuyer les harmonies sur des basses royales et les iriser de cordes soyeuses, confronter la dramatisation du texte à la finesse des lignes, servir l’expressivité avec hauteur: tout cela fusionne harmonieusement, malgré quelques décalages. Et tout cela atteint son sommet dans la magnifique Seejungfrau de Zemlinsky, œuvre malheureusement trop peu jouée.

Des eaux noires d’un fleuve wagnérien à l’ironie mahlérienne en passant par l’entrelacement mélodique straussien, la volupté brahmsienne ou le colorisme debussyste, les musiciens de l’OSR ont rendu un hommage saisissant à cette superbe petite sirène.


Concert diffusé le 30 janvier sur Espace 2.

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