Amorcé par le précédent concert de la série «Musique d'un siècle», le dépouillement progressif que subit la musique du XXe siècle a atteint son apogée dans le programme présenté mardi à Genève. Avec «Paroles d'utopie I», les musiciens de l'ensemble Contrechamps offrent le reflet fidèle d'une musique en apesanteur, suspendue à quelques souvenirs de notes évanouies. Dans les deux mouvements du Duo pour violon et violoncelle de Scelsi, Isabelle Magnenat et Daniel Haefliger vrillent leurs archets autour d'une seule note tendue comme un fil, afin d'en dégager toute la complexité harmonique dans une économie de moyens saisissante. Dans les Three Sketches pour violoncelle solo de Jonathan Harvey, et plus encore avec Sciarrino, la musique se réduit comme en creux à un jeu de frottements, d'harmoniques et de bruits parasites, ne conservant du jeu de l'archet que le substrat presque imperceptible d'une mélodie ou d'une suite d'accords. Un dépouillement poussé à son comble par la pièce For Bunita Marcus de Morton Feldman, interprétée de manière magistrale par le pianiste Markus Hinter – häuser, remplaçant au pied levé le quatuor initialement prévu. Une heure vingt de notes en suspension, isolées par le ralentissement extrême du tissu rythmique, plus proche de la circularité zen que d'un développement musical occidental. De son toucher félin, le pianiste autrichien impose une atmosphère de recueillement absolu, fait rare dans les salles de concerts.

Prochain concert Contrechamps sa 24 mars à 19 h 15. Rens. 022/329 24 00.