S'il est une idée platonicienne du duo de l'été, c'est bien en Amadou et Mariam qu'elle s'incarne. D'abord, parce qu'avant d'être un duo, ces chanteurs maliens forment un couple. Inséparables, ils parcourent depuis des années les scènes du monde, sans jamais s'éloigner l'un de l'autre de plus d'une portée de main. Dans la conversation, Mariam ponctue toujours les phrases d'Amadou par de brefs acquiescements et des sourires conquis. Et Amadou caresse souvent la main délicate de son épouse pour l'encourager à surmonter une flagrante timidité.

Amadou et Mariam sont non-voyants. A Bamako, depuis plusieurs décennies, c'est leur signe de reconnaissance. Leur rencontre est généralement présentée comme un don de Dieu. Dans l'Institut pour aveugles de la capitale, dans les années 70, Mariam est encore une jeune fille éparpillée, ne sachant pas trop quoi faire de sa belle voix rugueuse. Elle connaît par la radio le timbre soul et la guitare déchirante d'Amadou. Le musicien, accompagnateur de Mory Kanté ou Salif Keita au sein du fameux Buffet de la Gare bamakois, est un jour convié à l'institut pour donner l'exemple d'une réussite malgré un lourd handicap.

Mariam a déjà manigancé son projet. Depuis l'enfance, elle souhaite épouser un artiste. Pour le suivre en tournée et découvrir le monde. Lorsqu'elle se trouve en face d'Amadou, elle parvient à peine à respirer. Elle sait enfin que cet homme est son prince charmant. Mariam entonne une mélopée traditionnelle et le musicien consacré se laisse séduire. Ils convolent rapidement et Amadou a l'idée de former un duo.

Au Mali et dans toute l'Afrique occidentale, le succès est foudroyant. Le couple devra pourtant attendre la fin des années 90 pour sortir un premier disque sur le marché international (Sou Ni Tile, 1998), puis un second récemment (Tje Ni Mousso).

Sur des structures bluesy et des arrangements ciselés, Amadou et Mariam conquièrent tous les publics. En chantant sur tous les modes leur relation, les amoureux aveugles du Mali fabriquent à quatre mains une belle histoire.

Amadou et Mariam, Tje Ni Mousso, Universal.