Samuel Baud-Bovy aurait eu 100 ans aujourd'hui. Intarissable sur la Grèce et la musique, doué d'un talent de vulgarisateur, occupant des postes stratégiques à l'université (il créa la chaire de grec moderne), comme en politique (il fut conseiller administratif délégué aux Beaux-arts entre 1943 et 1947) et en musique (il dirigea le conservatoire), cet homme «de la plus exquise urbanité» (Gilbert Rouget) a marqué la vie genevoise jusqu'à sa disparition en 1986. L'Unité de grec moderne de l'Université de Genève lui rend hommage avec un colloque et un concert, ouverts à tous.

Samuel Baud-Bovy avait donc plusieurs cordes à son arc. Comme Bartók, il a compris que la musique savante puisait ses sources dans la musique traditionnelle. La rencontre qu'il fit, dès son premier séjour en Grèce, de Melpo Merlier, fondatrice des Archives musicales de folklore à Athènes, et de son mari Octave, helléniste de renom, réveilla sa vocation d'ethnomusicologue. Son contact avec la chanson populaire grecque, en 1927, tient du conte de fées.

«Nous bivouaquions aux flancs de l'Olympe de Thessalie [...]. Les «evzones» que le gouvernement avait commis à notre garde, autour de leur feu de camp, s'étaient pris par la main et dansaient en chantant. [...] L'impression que me firent alors ces rythmes nouveaux pour moi, cette mélodie, où je percevais des intervalles inconnus à notre musique ne s'est point atténuée.» Sillonnant le Dodécanèse et la Crète, Samuel Baud-Bovy fait chanter les vieux du pays, consigne dans ses carnets des mélodies populaires qu'il décortiquera par la suite.

Mais on ne saurait oublier le musicien. «C'était un lecteur de partitions incroyable», se souvient Claude Viala, qui lui succéda au conservatoire en 1970. Et d'évoquer le chef d'orchestre et de chœur, circulant à vélo en ville, le nez fourré dans des partitions de poche. «Un jour, il est tombé sur un gendarme. Ne l'ayant pas vu, il rétorqua: «Vous savez, je suis chef d'orchestre. Il m'arrive souvent de voir que des musiciens ne comprennent pas mes gestes.»

Colloque scientifique et concert. Ve 24 et sa 25 nov. Uni Bastions et Conservatoire de Genève. Rens. http://www.unige.ch/lettres/actualites/Baud-Bovy/Baud-Bovy.pdf