Ça ressemble à une bonne grosse blague. Pourtant, Shitkatapult est bel et bien le nom que Marco Haas donne en 1998 à la maison de disques qu'il vient de fonder à Heidelberg. Dans une Allemagne leader de la culture club, la «catapulte à merde» réussira, malgré son nom plutôt potache et grâce à une posture résolument énervée, à s'imposer dans le cartel des labels qui comptent, aux côtés du libidineux International Gigolo Records de Munich, du classieux Kompakt de Cologne, et de l'arty Bpitch Control de Berlin. On pourra s'en rendre compte ce soir avec la venue au Chorus de Lausanne de quelques-uns de ses poulains: Apparat, et Fenin, accompagnés d'un DJ maison, Lee Anderson, et d'un transfuge du label Meteosound, Bus.

«Special music for special people», «Stay anti, just say «know»… Les mots d'ordre de Shitkatapult fixent le label dans une posture d'éternel antagoniste. Et force est de reconnaître que sa ligne éditoriale, au travers d'une quarantaine de publications à ce jour, s'est construite en totale liberté, débarrassée des contraintes stylistiques qui, en musique électronique, créent la corporate identity d'un label. Ici, des pétarades punkoïdes de T. Raumschmiere (pseudonyme de Marco Haas) aux expérimentations acoustiques de Napoli is not Nepal, le spectre est large. Un anticonformisme qui plaît, les affidés de Shitkatapult essaimant régulièrement dans les grands festivals européens, tels que le Sonar de Barcelone, ou, plus près d'ici, le Lethargy de Zurich. A Berlin, où le label n'a pu s'empêcher de déménager à l'aube du XXIe siècle, une Shitparade – pendant ironique de la défunte Love Parade – a désormais lieu chaque année.

Dans cette auberge espagnole, les deux compositeurs qui se produiront ce soir à Lausanne occupent chacun une chambre bien à lui. Apparat (alias Sascha Ring) tout d'abord, qui est parvenu, avec ses constructions bousculées et son sens du collage couplés à une science aboutie du rythme, à faire pénétrer l'electronica dans les clubs, une musique jusqu'alors majoritairement réservée aux auditeurs en chambre. Du côté de Fenin (alias Lars Fenin), on s'attend à une techno sèche, très abrasive, teintée d'échos dub. Belle perspective.

Apparat (live), Fenin (live), Lee Anderson, Bus. Chorus, avenue de Mon-Repos 3, Lausanne. Ce soir dès 22 h.