LP n’en est pas à son premier succès. Pourtant, si elle compte déjà trois albums à son actif depuis ses débuts en 2001, la New-Yorkaise d’origine italienne était jusque-là encore passablement méconnue en Europe. Alors que ses chansons, elles, se sont déjà fait entendre loin à la ronde, puisque l’artiste au look androgyne a également mis son talent de songwriter au service de stars de la pop comme Rihanna, Christina Aguilera ou même les Backstreet Boys. Aujourd’hui, ce sont bien sa voix et son ukulélé que l’on découvre sur «Lost on You», tube de cette fin d’année, déjà certifié d’or en Suisse, que l’on se surprend à fredonner sans cesse à peine la radio éteinte. Après avoir dévoilé cet été le EP cinq titres «Death Valley», la chanteuse de 35 ans publie ce vendredi son quatrième album, «Lost on You», du nom de son titre phare.

Le Temps: Vous utilisez vos initiales comme nom de scène. Etait-ce au début pour dissimuler vos origines italiennes et avoir ainsi plus de chances de percer aux Etats-Unis?

LP: Non, pas du tout. Cela m’est venu par hasard. Je trouvais simplement que LP sonnait bien. Aujourd’hui, c’est même devenu mon nouveau prénom. Plus personne ne m’appelle Laura. Et j’aime beaucoup ça! J’ai toujours trouvé bizarre que l’on attribue un prénom à la naissance. Je ne comprends pas comment on peut nommer quelqu’un sans même le connaître.

Cela fait quinze ans que vous exercez ce métier outre atlantique. Pourtant, en Europe, votre nouvel album est un souvent perçu comme le premier. Comment expliquer ce succès tardif?

- C’est vrai, c’est très étrange ce qu’il m’arrive. Pourtant, j’ai l’impression d’être là depuis longtemps et d’avoir déjà travaillé avec beaucoup de musiciens que j’admire. On ne sait jamais quand le succès va arriver. La musique est un jeu de hasard. Et je ne suis pas quelqu’un qui parie facilement sur la réussite. Ce n’est pas ce que je recherche à tout prix. Mais je dois avouer que l’engouement actuel me fait du bien. Je fais ce métier avant tout pour entrer en communion avec les gens. Aujourd’hui, je peux en toucher d’avantage, c’est un vrai bonheur pour une artiste.

- Votre titre «Lost On You», avec sa mélodie est très accrocheuse, est devenu d'ailleurs un véritable tube. Est-ce que vous souhaitiez justement trouver une mélodie pouvant toucher le plus de gens possible?

- Pour moi, il y a une différence entre tenter de créer une mélodie populaire, et y arriver sans chercher à produire cet effet. J’essaye d’abord de trouver une mélodie qui me plait personnellement. C’est mon premier but. Si les gens se l’approprient ensuite, tant mieux! J’ai écrit «Lost on You» il y a deux ans, ça me paraît déjà très loin. Je broyais du noir après la rupture avec ma copine. La chanter aujourd’hui est encore douloureux. Mais j’ai composé tellement de chansons depuis que je pense avoir encore évoluée.

- D’où vous est venue l’idée de rajouter quelques sifflements dans ce single et plusieurs autres morceaux de votre album?

- Cela fait longtemps que je le fais. Je ne sais plus trop pourquoi. Et je n’essaye pas de comprendre. C’est spontané, j’ai toujours aimé siffler les mélodies. Je trouve que ça donne quelque chose de spécial à mon son. C’est aussi une manière de montrer que je fais ce que je veux. Si j’avais eu envie de siffler sur chaque chanson, je l’aurais fait. Si ça ne vous plait pas, vous pouvez toujours éteindre votre radio (rires)…

- Quand on vous regarde sur scène, vous avez un look, une attitude et une voix qui semblent venir d’une autre génération. Pourtant, quand l’on écoute votre album, il sonne très actuel. Comment expliquez vous ce contraste?

- Je ne sais pas. C’est vrai que j’aime beaucoup le style rétro, notamment dans ma façon de m’habiller. C’est peut être dû à mes influences. J’ai grandi avec les Beatles, les Rolling Stones, Bob Dylan ou encore Jeff Buckley. Mais je suis aussi très attirée par ce qui se fait aujourd’hui. J’aime regarder comment la musique évolue. J’adore la pop pour ça, elle reflète vraiment les changements de mode. Il ne faut pas toujours regarder en arrière, on a de fabuleux artistes aujourd’hui. Notamment Coldplay, The Weeknd et surtout Beyoncé.

- Vous avez d’ailleurs écrit pour de grandes stars de la pop avant de vous faire connaître du grand public. Que retirez vous de cette expérience?

- C’était très différent. Il y avait une certaine liberté. Je n’étais pas une pop-star à qui l’on disait comment s’habiller ou comment chanter. Je composais juste de la musique. C’était très agréable et en même temps très formateur. Un moyen de faire autre chose, de prendre des vacances de ma propre carrière. Aujourd’hui, j’écris encore des chansons dont je ne me sers pas. Cela ne veut pas dire qu’elles sont mauvaises, mais plutôt qu’elles me représentent moins. Dans ce cas, je préfère les donner à d’autres artistes. Il m’est arrivé une fois que Shakira me convoite pour une chanson. Elle lui serait allée comme un gant, mais mon cœur en avait décidé autrement ce jour là… Mais maintenant, je me dis que j’aurais mieux fait de lui donner (rires)!


LP, «Lost on You» (BMG/Warner Music).