■ Pépites afro-américaines

Can You Dig It? The Music and Politicsof Black Action Films 1968-75(2 CD Soul Jazz Records), 32,90 fr. Au même titre que les films de la blaxploitation furent un bon filon dans les années 1970, les compilations du genre ne se comptent plus. Si Can You Dig It? n’en constitue qu’un énième développement, c’est la qualité de son livret richement illustré qui fait ici effet et vaut particulièrement le détour. Portraits d’acteurs (Pam Grier évidemment pour ses rôles dans Coffy, Cleopatra Jones et Foxy Brown, mais aussi Jim Brown et Fred Williamson), de réalisateurs (Sidney Poitier), éclairages sur les labels Motown et Stax qui ont contribué au succès de ces films où la bande-son jouait un rôle phare, liste et synopsis des œuvres clés du mouvement sont condensés en une centaine de pages.De ce genre cinématographique fait pour les Afro-Américains par des Afro-Américains, intimement lié aux préoccupations identitaires et luttes pour les droits civiques de la communauté noire, ont émergé quantité de pépites soul-funk signées James Brown (Black Caesar), Curtis Mayfield (Superfly, Short Eyes), Isaac Hayes (Shaft, Truck Turner, Three Tough Guys), Marvin Gaye (Trouble Man), Roy Ayers (Coffy) ou Earth, Wind and Fire (Sweet Sweetbacks’s Baadasssss Song). Autant de bandes originales souvent plus célèbres que les films policiers, d’horreur, d’arts martiaux, les westerns ou les péplums qu’elles illustrent. Source d’inspiration pour le cinéma de Tarantino qui a exhumé Pam Grier dans son Jackie Brown ou de Spike Lee, référence sonore et visuelle du hip-hop des mauvais garçons, la blaxploitation si brillamment orchestrée reste une fontaine de jouvence. ■ Boucle en beauté
Alain Bashung A perte de vue (27 CD Barclay/Universal), 199,90 fr. Bashung dans tous les sens. Une somme, définitive (?), qui comprend 27 albums courant sur plus de trente ans. Douze disques studio (de Roman photos à Bleu pétrole), cinq captés sur scène dont l’ultime et sublime Un Dimanche à l’Elysée, deux albums en duo avec Chloé Mons, deux volumes d’instrumentaux (ses B.O. de Nestor Burma ou du Cimetière des voitures de Fernando Arrabal, ses faces B), trois opus de raretés (versions acoustiques, live enregistrés à la télévision), d’inédits («J’braconne», «La foule est beautiful» et «La fille de la maison des dunes») et de duos (avec entre autres Françoise Hardy, Daniel Darc, Rachid Taha ou Arman Méliès). Le tout agrémenté d’un livret de 52 pages et de 25 images tirées à part classieuses. Moins onéreuse et plus fournie que la précédente intégrale datée 2002 (Les Hauts de Bashung), A perte de vue boucle en beauté le parcours chaotique et captivant du trafiquant de mots. ■ Une histoire du rock
Rock Strips Sous la direction de Vincent Brunner (BD Flammarion), 50,60 fr. Trente-trois illustrateurs retracent à leur manière décapante l’histoire du rock. Autant de plumes de choc réunies par le journaliste Vincent Brunner, qui en profite pour compléter chaque strip par une courte biographie, une discographie sélective et une playlist bien fichues à défaut d’être originales. Charles Berberian s’occupe d’Elton John, Jean-Christophe Menu des Sex Pistols, Killofer de Led Zeppelin, Serge Clerc des Stanglers ou Luz de LCD Soundsystem. Elvis, les Beatles, les Stones, Nirvana ou David Bowie sont aussi du voyage crayonné. Si tout n’est de loin pas réussi, on rit passablement au fil de ces planches qui appellent sans doute un second volume afin de faire un tour plus exhaustif du patrimoine rock. ■ Objet de curiosité
Vincent Delerm 23 janvier-18 juillet 2009 (livre-DVD Tôt ou Tard), 59,90 fr. Pour ceux qui aiment Vincent Delerm, le livre d’anecdotes et de photographies réalisé durant sa tournée, agrémenté du DVD d’un concert capté au Bataclan de Paris en juillet, 23 janvier-18 juillet 2009 constituera un bel objet de collection. Pour les autres, il mérite aussi le coup d’œil. La vie d’une tournée, ses temps morts comme ses trajets, ses hôtels impersonnels comme ses beaux théâtres, les paysages comme les décors qui défilent sont joliment captés. Où l’on apprend que la demi-heure de solitude qui précède le lever de rideau du concert est le moment le plus fort pour Delerm, que les crudités font en moyenne prendre trois kilos à chaque membre d’une tournée au bout de six mois, qu’à La Chaux-de-Fonds sa pellicule a vu le jour mais donne de belles photos quand même, que les blagues sur Roger Federer ne sont pas forcément bien perçues en Suisse ou que Le Plaisir de souffrir d’Alain de Botton peut être une salutaire lecture dans de pénibles moments de tournée. Rien de fondamental certes mais c’est très agréablement mis en scène. ■ Fab Four plus pop
The Beatles in stereo (16 CD et 1 DVD Apple Corp/EMI). Existe aussi en coffret mono. 499 fr.Depuis que les douze albums de leur courte carrière – sept ans et des poussières – ont refait surface le 9.9.09 dans une version remastérisée, soit débarrassée des bruits parasites et entièrement convertie à la stéréophonie, les Beatles peuvent fièrement refaire leur apparition sous les sapins de Noël. 218 chansons en 525 minutes de musique (8 heures et 45 minutes), durée officiellement annoncée par les concepteurs de l’édition remasterisée sur support CD, peuvent ainsi être versées d’un trait au patrimoine pop. Avec ce slogan tout trouvé, «Les Beatles comme vous ne les avez jamais entendus!», cette discographie intégrale se décline ainsi en deux coffrets: mono ou stéréo. Pour s’apprécier différemment de l’avis général puisqu’en stéréo les Beatles sonnent aujourd’hui plus pop, alors qu’en mono plus rock. En tous les cas, le répertoire des Fab Four n’a jamais sonné aussi chaudement, rondement et distinctement vingt-deux ans après une première numérisation sur CD insatisfaisante. ET TOUJOURS... ■ Jeff Buckley, Grace
Un Jeff Buckley plein de Grace chez Columbia (1994) parce que, sur cet unique album studio, sa voix fêlée de dandy nocturne n’a pas pris une ride.