Jeudi 16 juillet Artiste: Status QuoTitre: In the Army NowAlbum: In the Army Now Auditorium Stravinski, 20h00

> Audio. «In the Army Now» L’immobilité se porte bien à Montreux. Le deuxième passage de Status Quo est là pour le rappeler, comme l’ont été tant d’autres formations du Pléistocène rock qui ont trouvé sur la Riviera les illusions d’une troisième jeunesse. Quarante-sept ans après sa naissance le groupe britannique tourne toujours, il fait dans la longévité extra-large, ce qui ajoute une couche d’incrédulité à celle que peut générer aujourd’hui la simple évocation du nom. Status Quo ne s’enterre pas, non. Et dans les murs du Stravinski raisonnera une fois encore son «In the Army Now», ballade qui a relancé la band sur orbite en 1986 alors que les Britanniques paraissaient déjà d’un autre âge. Cette chanson faiblement pacifiste (un texte qui balance entre fierté militaire et désarroi du combattant) porte en elle les fondamentaux du rock FM pour briquets, celui qui ralentit la cadence. En gros, des baguette de batterie qui font toc-toc sur le bord de la caisse claire, des riffs de guitare qui hululent, des synthés de «Flashdance» et des voix qui répètent inlassablement que «oh oh, tu es dans l’armée maintenant, dans l’armée maintenant.» Les nostalgique vibreront, mais l’actualité mouvante est ailleurs. Rocco Zacheo Jeudi 16 juillet Artiste: YuksekTitre: TonightAlbum: Away from the sea 18 juillet, Miles Davis Hall, 20h30
> Audio. «Tonight» Avec Birdy Nam Nam et Brodinski, il a relancé les affaires de cette French Touch qu’on a cru moribonde. Le Français Yuksek est un faiseur de claques puissantes pour dancefloors et cette faculté qui s’apparente chez lui à de la science exacte, il l’a bâtie loin du circuit fermé et endogame de la capitale. Dans sa Reims natale, il a façonné ses 13 dernières explosions de funk et de dance regroupées sous le titre Away From the Sea. Et s’il fallait isoler un morceaux dans cette coulée de bits endiablés, «Tonight» l’emporterai sur les autres. Pour sa concision tout d’abord (3minutes 14 seulement). Et et pour sa puissance de frappe qui rappelle à la fois les premières fulgurances de Daft Punk (vocoder à tout va, synthés rétros et pompiers comme il faut) et la face grandiloquente de Justice. Yuksek est ici dans son meilleurs élément, en faiseur de musique à la fois jouissive et passionnante. Un exploit rare dans ce domaine qui se limite trop souvent au récréatif pour les nuits du week-end. Rocco Zacheo Mercredi 15 juillet
18 juillet1er concert, Auditorium Stravinski, 19h002e concert, Auditorium Stravinski, 22h00 C’est le coup d’éclat de cette 43e édition du Montreux Jazz Festival. A quelques jours de ce qui s’annonce comme le grand final de tous les superlatifs, Prince, «le nain de Minneapolis» gratifie le public d’une version inédite «In a Large Room With No Light» , à écouter sur le site du festival. En guise de teasing, une interprétation montreusienne groovy, aux intonations jazz et funk de ce tube initialement présent sur l’album Dream factory de 1986 et spécialement réenregistrée pour l’occasion. De quoi préfigurer la double performance de samedi? Réponse, le 18 juillet, du côté du Stravinsky. Mehdi Atmani Samedi 11 juillet
Artiste: Grace Jones (Exclusivité suisse)Titre: I’ve Seen that Face Before (Libertango) - ExtraitAlbum: Nightclubbing (1981) Miles Davis Hall, 20h30
Elle est née en Jamaïque en 1952. Et y retourne, dans l’esprit de ses premiers enregistrements produits par le label Island de Chris Blackwell, dont on célèbre depuis vendredi à Montreux les 50 ans. Grace Jones, mannequin phare révélée en chanteuse sombre dans les lueurs disco de la fin des seventies, réussit son coup de maîtresse avec Nightclubbing. On y retrouve le changement de cap esthétique opéré un an plus tôt avec Warm Leatherette dans des studios des Bahamas. Y officie encore la mythique paire rythmique du reggae Sly (Dunbar) & Robbie (Shakespeare) pour un répertoire entrelaçant les contretemps reggae avec les atmosphères froides et délétères de la new wave synthétique. Un entrechoc artistique qui inspirera nombre de figures de la pop des années 80 comme Eurythmics ou Madonna. Au-delà de la chanson-titre emblématique de l’album cosignée par David Bowie et Iggy Pop, Grace Jones chante grave et menaçante « Demolition Man » de Police. Ou, plus sensuelle, « I’ve Done It Again » composé par Barry Reynolds. Le même qui met la main avec Astor Piazzolla entre autres à ce captivant « I’ve Seen that Face Before (Libertango) ». Où Grace Jones combine sa bipolarité vocale entre roulis de basse-batterie et houles de bandonéon. Un must. Olivier Horner Vendredi 10 juillet
Artiste: Baaba MaalTitre: Chérie - ExtraitAlbum: Nomad Soul Label: Palm Pictures Auditorium Stravinski, 22h30
Toucouleur. On dit «ethnie», il préfère «peuple». Baaba Maal vient de très loin, même selon les critères sénégalais. Ville de Podor, région du Fouta, tout au Nord, là où les Maures rejoignent les Peuls qui rejoignent les fleuves et le sable. La voix de Baaba, contrairement à celle de Youssou, son frère en rivalité, n’a jamais perdu la patine du Sahel. Il est né en 1953. A beaucoup bougé, de son physique anguleux, dans les pays alentours à la recherche d’une musique qui affirme une nouvelle forme de modernité africaine. De ce point de vue, s’il ne s’agit pas de son meilleur album (Baayo et Lam Toro offrent de plus évidentes introductions), le disque Nomad Soul de 1998 va chercher profond dans le son des cordes, des synthétiseurs et des peaux tannées, pour tendre sous cette voix un tapis volé. La chanson « Chérie » anticipe, d’une certaine manière, les légèretés francophones du couple Amadou & Mariam. Une fausse naïveté lyrique qu’un des plus beaux timbres d’Afrique, incantatoire et mutin, transperce de part en part. Arnaud Robert Mercredi 8 juillet
Artiste: Alice Cooper (Exclusivité suisse)Titre: School’s out (1972) - ExtraitAlbum: School’s out Auditorium Stravinski, 21h30
La dernière fois, c’était il y a quatre ans. Le Montreux Jazz Festival avait déjà hébergé le cirque gore du roi du hard rock d’épouvante. Ce Alice Cooper qui avait tôt défrayé la chronique mais dont les frasques grimées n’effraient plus personne. Tout au plus quelques ligues de vertus. En 1972, celui qui fait son grand guignol avec guillotine, boas constrictors et une bonne couche de khôl braillait «School’s Out». Chanson de son quatrième album solo éponyme, qui reste son plus grand succès commercial à ce jour. Les paroles, qu’on jugerait assez inoffensives aujourd’hui («L’école est finie pour l’été/ L’école, c’est fini pour toujours/ L’école a été dynamitée») firent pourtant grand bruit à l’époque. Stigmatisées par tous les bien-pensants et culs bénis, heurtant les sensibilités américaines puis quelques oreilles européennes. Le vacarme d’enfer d’Alice cette année-là ne comportait pourtant presque que des guitares bon chic bon genre, pour qui avait déjà croisé Frank Zappa, The Stooges ou MC5. Malgré quelques frénésies percussives, le punk valait mieux. Père spirituel de Kiss ou Marylin Manson, maître de cérémonie de carnavals scéniques débridés, Alice Cooper devra aussi son aura maléfique à un poulet décapité sur scène avec les dents. Une légende jure Alice Cooper, clown année après année un peu plus triste du grand cirque rock’n’roll. Légende maniérée, glamour et gore, désormais muséale. Olivier Horner Mardi 7 juillet 2009
Artiste: Jamie CullumTitre: Blame it on my Youth - ExtraitAlbum: Twentysomething (Special Edition) Miles Davis Hall, 23h40
Un petit gars tapageur qui reprend, l’air d’avoir volé leur sexe aux anges, un standard céruléen. En 2003, Jamie Cullum a 20 ans et quelques. Le sourire tranchant. L’audace calculée. Il attaque «Singing in the Rain» et Gene Kelly fait des claquettes dans sa tombe. La chair de poule. Un jeune Anglais qui n’a rien connu de la grande époque de Broadway, capable de vous renverser avec trois accords et quatre respirations que vous connaissez depuis toujours.C’est le cas encore avec «Blame in on my Youth», un morceau chanté en 1956 par Nat King Cole. Puis par tout le monde. Chet Baker, Sammy Davis, Frank Sinatra. L’internationale des crooners en goguette à Las Vegas. Jamie Cullum chante un amour tragique, à sens unique. «Blâme ma jeunesse si j’ai crû à l’amour la première fois que nous nous sommes embrassés.» Jamie enfile de la soie sur ses phalanges, son piano vous souffle dans le cou. Et sa voix. Elle a 20 ans. Mais vous donne l’impression d’un fleuve ininterrompu depuis des siècles. Celui des chansons d’amour dont la poésie est un spectacle murmuré. Arnaud Robert Samedi 4 juillet 2009
Artiste: Alela Diane Titre: White As Diamonds - ExtraitAlbum: To Be Still (Fargo/Irascible) Miles Davis Hall, 20h30
Elle est de ces artistes qui poursuivent, insouciants ou inconscients, sur les traces des grandes traditions immobiles. La musiques d’Alela Diane va très loin dans l’histoire et semble se défaire, avec élégance et fierté, des tumultes et des fibrillations qui agitent ce bas-monde. «White As Diamonds», titre phare de son deuxième album To Be Still, est une splendide illustration de sa démarche atemporelle. Ici, comme toujours, Alela frôle le jansénisme, elle cultive l’épure en allant à l’essentiel avec des moyens de bord réduits. Soit une guitare, celle de son père qui a produit l’album, la batterie de Michael Huley, actif aussi dans le groupe Vetiver, un violon et une voix d’ange qui confère une chaleur mélancolique à la ballade. Cette folk si dépouillée surprend et prend à la gorge précisément parce qu’elle redore un genre longtemps oublié dans le placard des ringardises. Celui d’une Amérique peu perméable aux oscillations urbaines et profondément attachée à cette époque où la musique irlandaise des premiers migrants dérivait lentement vers une nouvelle expression. « White As Diamonds » est un document précieux qui décline au présent les temps du passé. Rocco Zacheo