«Musiques et sciences», un festival-laboratoire

Evénement Cette année, la manifestation interdisciplinaire se concentre sur le geste

C’est un beau défi. Réunir dans un même élan la musique et la science. Klaus Scherer, directeur du Centre interfacultaire en sciences affectives, planche depuis une dizaine d’années avec les chercheurs du monde entier sur le sujet. Il a initié, il y a deux ans, un festival genevois consacré à cette passionnante interaction. Le «numéro zéro» tournait autour du pouvoir émotionnel de la musique, passée au crible d’analyses et de recherches pointues. L’affiche disait à elle seule cette relation intime entre les notes et les réactions physiques et mentales de l’être humain. Une peau hérissée figurait en gros plan ces moments de frissons qui parcourent parfois les salles de concerts.

Cette fois, l’aspect plus purement scientifique se resserre sous la houlette du successeur Didier Grandjean, venu de la psychologie. Visuellement, déjà, une sorte d’éventail cartonné dévoile des alvéoles sé­parant les différentes activités déclinées sur cinq jours. Ateliers, ­conférences, colloques, recherche, performances et concerts alterneront entre le 2 et le 6 avril prochain, en différents lieux: le Conservatoire, les Unis Mail et Dufour, le ­Centre musical Robert-Dunand, le Grand Théâtre, le campus Biotec et le temple de la Madeleine. Des espaces qui représentent bien la mission de ce festival qui est d’activer les collaborations entre les différentes institutions musicales et scientifiques de la place.

La thématique 2014 entend «composer le geste». A travers les gestiques initiées par la technique instrumentale, les différentes expressions culturelles (commedia dell’arte, opéra chinois), la capture des mouvements de musiciens (des petites caméras placées sur le corps), des pièces commandées sur le thème abordé, le vocabulaire gestuel ou l’improvisation tiraillée entre spontanéité et savoir-faire: les sujets d’étude ne manquent pas.

Côté ludique

Autant de rencontres, d’explications ou de discussions pour disséquer, à l’aune du succès grandissant des neurosciences, les phénomènes physiologiques, mentaux ou affectifs des mouvements induits par la musique. Le public curieux aura quelques rendez-vous moins cérébraux, à l’occasion de concerts. La vocalité schoenbergienne se développera au Grand Théâtre avec le chœur de la maison, celui de la HEM s’implantera au temple de la Madeleine et les ensembles Lucidarium et Matka occuperont le Conservatoire, qui prêtera aussi sa scène pour une soirée à l’Opéra de Beijing.

Pour le côté plus «ludique», un «Grand Bazar» proposera enfin une série d’ateliers ouverts à tous, avec des activités pédagogiques, des ­performances, des expériences diverses et des découvertes, pour mieux connaître la recherche sur la musique, le geste et les émotions. Les curieux pourront tester les capteurs et agir directement sur les ­appareils mis à disposition pour ­visualiser les gestes musicaux.

De quoi entrer dans l’univers émotionnel des notes par la voie des mots et des images. Sylvie Bonnier

Festival Musiques et Sciences, du 2 au 6 avril, Genève. Entrée libre. Programme sur www.femusci.org