«Quoi de neuf, docteur?» On attribuera sans peine cette réplique à un philosophe moderne, flegme goguenard et longues oreilles: Bugs Bunny, lapin malin dont les frasques ont transcendé les générations. Son créateur? Frederick Bean Avery dit Tex Avery, réalisateur américain de films d’animation auquel on doit d’autres héros irrésistibles – Daffy Duck ou Droopy, le chien apathique. Et auquel le festival genevois Les Athénéennes, roi du mélange des genres, dédie dimanche prochain un ciné-concert.

Lire aussi: A Genève, le festival des Athénéennes prêt pour les 400 coups

Car les dessins animés de Tex Avery, produits pour les studios MGM ou Warner Bros (et ses fameux Looney Tunes) dès les années 1940, ne seraient rien sans leurs bandes-son trépidantes. «Une écriture virtuose, pleine d’énergie, venant souligner l’image de façon incroyable», souligne Dimitri Soudoplatoff, chef d’orchestre, compositeur et arrangeur qui dirigera pour l’occasion les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Genève.

Durant le premier confinement, il avait déjà réuni virtuellement des étudiants de la Haute Ecole de musique pour jouer les cavalcades de Tom & Jerry, par écrans interposés. De quoi donner des idées à Audrey Vigoureux, codirectrice des Athénéennes…

Chasseurs et canard

Cette fois-ci, Dimitri Soudoplatoff met pleins feux sur Scott Bradley, compositeur et esprit génial derrière l’univers sonore de nombreux films de Tex Avery. Elève d’Arnold Schönberg, il savait mêler les genres, du romantique au jazz symphonique. «Ils étaient aussi inventifs l’un que l’autre: l’alchimie marchait super bien.»

Après le processus de sélection – «j’ai passé de nombreux dimanches matin à regarder des dessins animés, avec le privilège de pouvoir dire que c’était pour le boulot!» – Dimitri Soudoplatoff se concentre sur les scènes de courses-poursuites et les duos terribles: Tom et Jerry mais aussi Titi et Gros Minet, Bip Bip et le Coyote… «Et quelques autres personnages moins connus: un chaton trop mignon, des chiens pas très intelligents, des chasseurs maladroits et un canard espiègle…»

Exercice complexe néanmoins: adapter les scores de Scott Bradley pour une formation de chambre… exclusivement à l’oreille, les partitions originales ayant été perdues en route. Un challenge d’autant plus grand que certains passages sont noyés sous les bruitages ou ont été volontairement accélérés. «Alors je recompose en restant fidèle à l’esprit, précise Dimitri Soudoplatoff. J’ai eu aussi la chance de nouer une belle collaboration avec les musiciens de l’OCG, pour travailler dans le sens de la simplification.» A l’Alhambra, où seront bienvenus les enfants dès 4 ans, on verra presque un canari jaune voler.


Ciné-concert «Avery Afternoon» dans le cadre du festival Les Athénéennes, Alhambra de Genève, di 4 juin à 17h.