«Mon nom est Pond, James Pond.» Non, il n’y a pas de faute de frappe, un intrus s’est bien glissé dans les services secrets de Sa Majesté. Et cette intrusion n’est pas fortuite. Vieux, coûteux et surtout amoureux, le mythique Bond n’a plus la même efficacité, sanctionne la cheffe des services secrets britanniques. Celle-ci a donc imaginé un clone pour éliminer l’agent 007. Oui, mais voilà, Bond, le vrai, l’unique, n’a pas encore bu sa dernière Vodka Martini…

Denis Athimon est un farceur. Un farceur redoutable d’aisance. Seul en scène, l’acteur rennais qu’on a déjà applaudi dans Princesse K et Nosferatu, rend un hommage ébouriffant à la tradition des films d’espionnage. Tout y est: les courses-poursuites sur route et dans les airs, les combats aux poings, les coups de feu en traître, les gadgets de folie et, bien sûr, la séduction version grands ébats sur l’échelle de Richter. Quant à la bande-son composée par François Athimon, elle décoiffe ou caresse autant que les originales des années 60.

Car Denis Athimon prend pour référent le grand J. B. des débuts, celui incarné par Sean Connery ou Roger Moore. La classe, pas la casse. Dandy forever. Et il lui fait vivre son déclin en scène. Comment il prend du poids, perd ses cheveux, boit des litres de whisky, mord le tapis.

Mais le ton est réjoui. Surtout durant la première partie. Celle où Bond, le vrai, donne la raclée à son clone à moustache. On le redit, parce que c’est spectaculaire: Denis Athimon joue seul tous les personnages du récit. Il joue les voitures et les hélicoptères aussi. Un numéro de voltige théâtrale, une course contre la montre, une maîtrise technique confondante.

Il faut voir l’artiste passer d’un hélicoptère au toit d’une voiture, entretenant l’illusion du vide à coup d’accessoires chimériques, une perceuse par-ci, un sèche-cheveux par là. Il faut le voir aussi draguer une hôtesse de l’air avec des airs de fruit confit. Ou finir son adversaire avec une poésie de Johnny. Tous les coups sont bons, ou plutôt Bond, comme dirait Denis.

Et le public du Théâtre des Marionnettes de Genève, de tout âge, participe à la fête. Il rit du début à la fin, soufflé par la virtuosité du comédien. La création est d’ailleurs à mettre au bénéfice de Guy Jutard, directeur des lieux, qui a coproduit le spectacle avec le Théâtre Lillico de Rennes. Quand le choix est si bon, on ne peut que saluer cette participation.

James Bond … Fin de série, Théâtre des Marionnettes de Genève, jusqu’au 20 janv., 022 807 31 07, www.marionnettes.ch