Elle a une voix exceptionnelle, une présence palpitante et mobile, une expressivité rare. Vendredi, Vesselina Kasarova a servi de son talent quelques grands rôles d'opéra: Sextus (La Clémence de Titus), Marguerite (La Damnation de Faust) et Léonore (La Favorite), avant trois airs de Rossini. La mezzo-soprano bulgare y malaxe un son charnu et polychrome avec une souplesse serpentine. Voix et corps semblent faits d'une seule et même matière qu'elle s'amuse à modeler en personnages complexes, contradictoires et terriblement naturels: comme elle, lorsque la température du Victoria Hall lui fait quitter sa robe de gala pour une paire de pantalons. Derrière les exploits techniques, les émotions fusent: Kasarova passe instantanément du drame au rire, de la confession éplorée à la roublardise coquette de Rosine dans Le Barbier de Séville. Séville où l'on imagine sans peine la chanteuse, à entendre résonner ses graves de rouleuse de tabac, clamer que l'amour est enfant de Bohème. Chose faite dans deux bis où elle fut une Carmen éblouissante.