Aux Etats-Unis, l'homme invisible se nomme Thomas Pynchon. Pas d'adresse, pas de téléphone, pas d'interviews. Aucune trace, rien. Et pourtant, cet écrivain sans visage est, là-bas, une célébrité, un véritable gourou. La dernière fois qu'on l'a aperçu en public, c'était en 1963, quand fut publié V, un roman culte, un titre quasi mythique. Ensuite, silence radio. Depuis bientôt quarante ans, «the Pynch» est en cavale. Dans les journaux, toujours la même photo jaunie, qui date de ses années de collège: il ressemble à Jacques Brel, avec ses oreilles décollées et ses incisives en pelle à tarte.

Au fait, Pynchon existe-t-il? Tout à fait, puisqu'il est né le 8 mai 1937 à Long Island. Après, ce que l'on sait de lui tient dans un dé de couturière: a fait de brillantes études à Cornell University, a suivi les cours de Nabokov, a travaillé chez Boeing au début des sixties, adore le rock et les spaghetti, a songé à devenir disc-jockey…

Ainsi va la légende, colportée par toute une faune d'ex-beatniks et d'universitaires psychédéliques. Lesquels ne cessent de plancher sur ses romans, V, L'Homme qui apprenait lentement, Vente à la criée du lot 49, L'Arc-en-ciel de la gravité et Vineland. Autant de monuments baroques construits avec les matériaux incandescents de la contre-culture américaine qui, en Pynchon, a trouvé son mentor: un outlaw déjanté et souvent délirant, qui place ses lecteurs sous électrochoc.