Essai. Arman Méliès. Un Beau Siècle de légendes. La Machine à cailloux, 60 p.

Essai. Dominique A. Un Bon Chanteur mort. La Machine à cailloux, 79 p.

Au printemps 2007, une nouvelle collection invitait auteurs-compositeurs et interprètes à réfléchir sur le processus créatif. Albin de la Simone, Bertrand Betsch et Xavier Plumas (voix et âme du groupe Tue-Loup) avaient brillamment ouvert le bal. Ils sont rejoints aujourd'hui par Dominique A et Arman Méliès. Les deux chanteurs français reprennent à leurs comptes l'invitation lancée par la jeune maison d'édition française La Machine à cailloux.

Le principe reste identique: détailler les mystères et méandres du processus de création. La forme du texte demeure libre. A ce jeu-là, Dominique A et Arman Méliès ont choisi le récit pour tenter de cerner les contours d'un art qui les séduit depuis la prime adolescence.

Dominique A - dont Méliès se réclame d'ailleurs et qu'il cite comme figure inspiratrice aux côtés de Ferré, Bashung, des Doors, de Mark Hollis (Talk Talk) ou des Pixies - avoue dans Un Bon Chanteur mort: «lorsque je ne fais pas de chansons pendant un certain temps, je me sens incomplet». La formule dit l'impérieuse nécessité de continuer à créer, tout en motivant le geste artistique. Assouvir sans cesse le désir en fait, depuis ce jour de janvier 1992 où il a tenu pour la première fois entre ses mains «son» premier disque, un «Graal reconduit, depuis, d'année en année».

Une quête perpétuelle de chansons pour laquelle Dominique A et Méliès puisent dans tous les arts, en même temps que dans leurs souvenirs. Musiques et littérature principalement pour tous deux mais aussi arts plastiques (Méliès), bande dessinée (Dominique A) ou cinéma.

Car quand chacun entre en création, rien n'est à négliger comme matière à chansons. Le détail de ces phases d'éveil aiguës, de gestation, offre des clés pour mieux appréhender leurs univers respectifs: les obsessions existentielles, textuelles et sonores, les fantasmagories, les mélancolies ressassées plus consolatrices que chagrines, les tensions entre texte et musique, le registre du vocabulaire, l'œuvre à l'aune de la postérité. Mais il ne saurait tout révéler, les deux artistes ignorant souvent la nature du catalyseur ultime de leurs créations bien qu'ils en connaissent les déclencheurs, pourtant imprévisibles aussi.

Dans l'esprit de Dominique A comme de Méliès en tout cas, qui écrivent n'importe où et tout le temps des potentiels bouts de paroles, la chanson se doit d'être davantage qu'«une simple et simpliste version orchestrée du journal intime» (dixit Méliès). Réenchanter le monde, métamorphoser la réalité en permanence, telles sont les exigences qu'ils posent dans ces confessions intimistes. Objectif qui fait pourtant dire à un Dominique A privilégiant naturellement la forme de l'alexandrin en écriture («peut-être à cause de Ferrat et d'Aragon») que si «mille raisons font que j'écris des chansons. Aucune d'entre elles ne l'emporte à mes yeux sur les autres.» Si le mystère créatif reste entier au terme de ces essais, ses ressorts présupposés passionnent.