histoire

La mythologie rendue à ses récits

A la question qui donne titre à son livre (Qu’est-ce que la mythologie grecque?), Claude Calame répond sans ambiguïté: c’est une construction récente

Des récits et des mythes

Genre: Histoire
Qui ? Claude Calame
Titre: Qu’est-ce que la mythologie grecque?
Chez qui ? Folio Essais, 732 p.

A la question qui donne titre à son livre (Qu’est-ce que la mythologie grecque?), Claude Calame répond sans ambiguïté: c’est une construction récente – au regard de l’histoire –, dont la vocation a été de figer en un ensemble aisément manipulable de biographies la diversité et la labilité originelle des récits que les Grecs racontaient au sujet des dieux, des héros, et des hommes. But de l’ouvrage: montrer le chemin intellectuel qui a mené à cette idée du mythe intangible, et démonter cette idée en remontant aux sources écrites qui, entre autres eu égard aux variantes quelquefois fondamentales qu’elles appliquent au destin de tel ou tel personnage (Eschyle fait punir Prométhée par Zeus alors que Platon en fait le collaborateur du maître de l’Olympe, chargé de transmettre les arts techniques aux mortels), invalident toute velléité totalisante.

Ce que nous appelons «mythes», L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert l’appelait encore «fables»: dans la tradition française, ce n’est qu’au XIXe siècle que le terme, fondé d’ailleurs sur un rapprochement étymologique partiel – sinon partial – avec le mûthos grec, apparaît et prend le sens qu’on lui connaît aujourd’hui. Cette mythologie tend alors à se présenter comme une décantation d’histoires, porteuse d’une doxa: «[p]ar la réduction progressive de la pluralité des récits entendus sous ce terme à l’unicité d’un concept, le mythe semble perdre son aspect narratif pour devenir l’expression d’un mode particulier de la pensée humaine» (p. 32-33).

En une suite de chapitres ébouriffants mais trapus (directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, l’auteur ne craint pas de demander toute l’attention de son lecteur), Claude Calame va redonner vie à cette diversité grecque en se focalisant sur plusieurs de ses personnages – Perséphone, Bellérophon, Thésée, ou encore Héraclès – et sur les différents récits en faisant mention. Il est donc ici question de variantes, mais plus encore, et c’est là que le texte prend toute sa saveur, de pragmatique et de situations d’énonciation: considérée comme performance, la narration est en effet soumise à (et modelée par) des impératifs de rhétorique ou, plus simplement, de communication. Posez la question: «Qui parle à qui, dans quel contexte et dans quel but?» et vous comprendrez pourquoi, par exemple, Eschyle ne raconte pas la même chose que Platon. Somme toute, on pourrait penser que le questionnement de Claude Calame coule de source: mais c’est bien à la faveur de ce point d’interrogation que renaît la vie intense de cette somme de récits et de leurs interprétations.

L’auteur présente son livre chez Payot Lausanne (Pépinet 4) le 19 mai, de 17h30 à 19h.

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