Il suffit de programmer Nabucco de Verdi pour remplir d'avance une arène de 6000 places huit soirées durant. Le Festival d'Avenches vient d'en faire l'expérience. A deux jours de la première, qui aura lieu jeudi prochain si le ciel est clément, il a vendu la presque totalité de ses 45 000 billets. La mise sur pied de deux supplémentaires et de nouveaux gradins s'est imposée pour accueillir les foules par l'auteur alléchées.

Par l'auteur? Peut-être plus précisément par son chœur le plus renommé. A sa création en 1842, l'illustrissime chœur des Hébreux du IIIe acte déchaînait déjà la liesse du public, assurant au jeune Giuseppe Verdi son premier succès. Dans ce «Va pensiero» aux accents vibrants d'émotion, les Israélites en esclavage chantent la patrie lointaine et l'espoir de la délivrance. De quoi faire vibrer les cœurs dans l'Italie d'avant le Risorgimento.

Depuis, cette pièce d'apparat est devenue l'emblème d'un Verdi patriote, le symbole du pouvoir rassembleur de l'art lyrique, quelque chose comme un signe tangible que «l'opéra populaire» n'est pas un fantasme pour politiciens.

A Avenches, la communion populaire sera double: dans le public multicolore, mais aussi au sein du chœur du festival, composé de quelques professionnels, dont une quinzaine venant des chœurs de l'Opera de Bâle, et de beaucoup d'amateurs.

Car depuis sa première édition en 1995, le Festival d'Avenches associe des membres de chorales de la région à ces superproductions lyriques. Tous recrutés par audition, ces amateurs éclairés font souvent preuve d'un engagement à toute épreuve, amènent du public et sont plus disponibles. L'idéal pour une production qui se veut populaire avant tout. «La difficulté, explique le chef des chœurs Pascal Mayer, est de rendre cet ensemble homogène. Le mélange d'amateurs et de professionnels fonctionne particulièrement bien chez les voix féminines. Chez les hommes par contre, les voix travaillées sont très différentes des voix d'amateurs, ce qui rend l'exercice plus hasardeux.» La méthode de travail du chef fribourgeois est très prudente, «depuis janvier, je travaille intensément avec les amateurs. En mai, le premier groupe de professionnels est arrivé, ensuite, j'ai parfait l'ensemble avec les Bâlois.» Cécile a 21 ans, habite Avenches et suit des études de chant. Elle a été engagée aux Arènes comme renfort dès la première production. «Ce qui me plaît le plus cette année, en plus de l'ambiance très sympa, c'est le travail avec le metteur en scène, Renzo Giacchieri et ses assistants, on a très vite travaillé avec eux et ils ont su nous faire comprendre ce qu'ils voulaient. C'est important la mise en scène!»

Gérard chante à Avenches en tant qu'amateur. Jusqu'en 1994, il tenait une boucherie à Belfaux. A l'âge de 47 ans, il décide de remettre son commerce et de changer de vie. Depuis, il fait du chant, vingt heures par semaine, a appris le solfège et chante dans deux ou trois chœurs de la région. En 98, l'ancien boucher devenu ténor décide de se présenter à l'audition organisée par les Arènes d'Avenches pour entrer dans le chœur. «Je croyais sincèrement n'avoir aucune chance, je m'y suis rendu sans aucune illusion mais j'en suis rentré tout surpris», avoue-t-il.

Gérard a l'accent aussi crémeux qu'une moitié-moitié juste tiède, ce qui ne l'empêche pas d'être parfois un rien tranchant sur la qualité du travail des chœurs. «Des professionnels sont censés nous renforcer, laissez-moi vous dire que nous, les amateurs, on ne s'en sort pas si mal. On est motivé, que voulez-vous! On répète depuis longtemps, alors que les professionnels ne sont là que depuis quelques mois.» D'après lui les troupes amateurs, plus disciplinées et mieux préparées, forment le noyau dur du chœur. Il ne tarit pas d'éloges sur son chef, Pascal Mayer, «c'est un type qui ne se monte pas la tête, pourtant il le pourrait, car il est d'un très haut niveau, il reste simple avec nous et sait comment communiquer sa passion, tout en exigeant beaucoup.» Il faut dire que Gérard a commencé à chanter dans des ensembles plus modestes. «Dans le chœur mixte du village, pour certains, la répétition c'était la sortie de la semaine, alors vous comprenez pourquoi je suis si content de travailler avec des gens plus avancés.» Pour l'ex-boucher, la mise en scène est parfaite, «le seul problème est que je n'ai parfois que quelques minutes pour changer de costume. Comme je suis ténor et qu'il y en a peu, je dois jouer le guerrier, l'Hébreu et le Babylonien. Et la jupe du guerrier est difficile à porter!»

De quoi remplir les dernières places libres, qu'il fasse beau, qu'il fasse gris!

«Nabucco», aux Arènes d'Avenches à 21 h 15, du 8 au 24 juillet. Rés. Swisscom tél. 0800 550 444, ou à l'Office du Tourisme d'Avenches tél. 026/ 676 99 22.