En fait, je n’ai pas tué maman

Mélodrame Avec «Mommy», Xavier Dolan offre un correctif surfait

«Cyclone émotionnel» (Les Inrockuptibles) , «brillant et très drôle» (The Guardian), «son film le plus substantiel» (The Hollywood Reporter) , «le plus stupéfiant de Cannes» (Le Monde). Stop, on se calme! Si on est content que le formidable talent de Xavier Dolan soit reconnu au plus haut niveau, au travers d’un Prix du jury cannois, on peut aussi regretter que ce soit pour ce 5e film, à nos yeux le moins convaincant à ce jour. Tout le contraire du Saint Laurent de Bertrand Bonello…

Après avoir surpris avec chacun de ses films, J’ai tué ma mère (psychodrame mère-fils avec coming out), Les Amours imaginaires (triangle amoureux pop), Laurence Anyways (rêverie transgenre) et Tom à la ferme (thriller théâtral queer), le Wunderkind québécois fait pour la première fois un pas en arrière. Pour une sorte de mea culpa qui revisite son premier opus autobiographique du côté maternel, avec tout le panache acquis depuis mais aussi un soupçon de racolage.

Un format carré plus étriqué que référentiel (pas de nostalgie du muet chez cet enfant avoué de Titanic…) épate d’emblée. Mais que dire de la vague politique-fiction, qui nous expose une nouvelle loi permettant aux parents de faire interner directement leurs rejetons en institution psychiatrique?

Après un grave incident survenu dans le foyer où elle l’avait laissé, Diane (Anne Dorval again), veuve de 50 ans sans emploi, doit se résoudre à reprendre chez elle son fils de 15 ans Steve (Antoine-Olivier Pilon, à la place de l’acteur-auteur), un adolescent hyperactif, impulsif et parfois violent. Alors qu’une difficile cohabitation s’engage, un semblant d’équilibre sera trouvé grâce à Kyla (Suzanne Clément), une voisine enseignante «en sabbatique» qui leur offre ses compétences et son amitié. Diane pourra-t-elle refaire sa vie malgré son boulet de fils? Ce dernier se calmera-t-il un jour? Et que cherche donc Kyla?

Energie communicative

Confinés dans leur maison de suburb, les protagonistes s’accrochent et s’injurient, la mère et le fils en s’aimant-haïssant de façon extravertie, l’intruse avec un soupçon de masochisme. Bref, c’est à un triangle amoureux un peu différent que d’habitude que nous convie le jeune cinéaste, qui a gommé l’homosexualité du fils pour la faire réapparaître ailleurs.

Plus que jamais, Xavier Dolan compense la modestie de ses décors par la richesse de sa playlist, la verve de ses dialogues (nécessitant des sous-titres) et une folle énergie, aussi bien côté mise en scène, toujours inventive, que côté acteurs. Mais s’il met le public dans sa poche en élargissant soudain l’écran (dans Tom à la ferme, il se resserrait) ou en faisant danser son petit monde sur Céline Dion («On ne change pas»), il s’est déjà montré nettement mieux inspiré que dans ce «Tout sur ma mère au bord de la crise de nerfs» porté par ses deux formidables comédiennes.

En dernière analyse, tout dépend de votre réaction au personnage de Steve. Pour nous, son syndrome tire hélas le film vers une hystérie plutôt pénible, surtout sur une durée excessive. Quant à l’éloge d’une certaine marginalité, il tombe un peu à plat du moment que l’on se fiche pas mal que cette tête à claques finira ou non en camisole de force.

Non, décidément, Dolan méritait mieux que d’être encensé pour cette «almodovarisation» – encore que ces jours il envisage son avenir plutôt du côté de Hollywood, en nouveau Bryan Singer. Il suffit de se souvenir de La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, choc émotionnel autrement dévastateur, pour mesure garder.

VV Mommy, de Xavier Dolan (Canada 2014), avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon, Suzanne Clément, Patrick Huard, Alexandre Goyette, Michèle Lituac. 2h14.