Pour les gens d’oc, la pétanque, c’est Pagnol, c’est «tu tires ou tu pointes?», «avé l’asseng». Dans le nord de l’Europe, pas de cigales, mais des hangars sinistres, des salles de gym grisâtres et un credo: «Les boules, c’est jouer aux échecs sur gravier.» Les boules, Rikard n’a que ça en tête, sa pauvre caboche d’Elephant Man nain. Et en plus il en ramasse une sur le crâne…

Autiste et difforme, Rikard (incarné par Christian Andrén, atteint de nanisme mais pas de craniosténose) n’a pas eu de bol: sa mère l’a abandonné à la naissance et a sombré dans la folie. Placé dans un institut spécialisé, le petit bonhomme se raconte des histoires selon lesquelles il la retrouvera s’il remporte le championnat scandinave de pétanque.

Friand d’étrangeté (Koko-di Koko-da), Johannes Nyholm puise l’inspiration de The Giant dans ses souvenirs fiévreux d’enfance, quand il avait l’impression que son corps ne lui appartenait pas. Pour lui, l’enveloppe charnelle de Rikard est «comme une tumeur qui l’entoure». Mais le nabot se dédouble: dans ses rêves il est un géant issu des forêts, tel le troll des légendes scandinaves, un deus ex machina capable de faire des miracles, comme réunir une mère et son fils.

Quelle œuvre étrange… Alliant le naturalisme le plus déprimant (goûter d’anniversaire dans la cour des miracles) au fantastique flamboyant (paysages nordiques psychédéliques), The Giant recèle sous ses airs de documentaire la mécanique des contes de fées et une morale du dépassement de soi. Il table sur la fascination du monstre pour professer, sans éviter un rien de candeur et de sentimentalisme, l’irréductible humanité des êtres différents.


«The Giant», de Johannes Nyholm (Suède, Danemark, 2016), avec Christian Andrén, Johan Kylén, Anna Bjelkerud, 1h26. En VOD