C’est quoi, le Jura? Des paysages partagés et une musique dans la bouche. Comment c’est né? Par des envies, du courage, et quelques paires de claques. Qu’est-ce qu'il est devenu? Un présent toujours recommencé et une malle pleine de souvenirs et d’images. Montons alors à Porrentruy, en vieille ville, à la Galerie du Sauvage. C’est en effet une belle partie de cette iconographie qui y est présentée: le travail photo de Bernard Willemin – on a aussi le droit de dire «le Bévi».

Bernard Willemin, enseignant franc-montagnard, était le photographe groupe Bélier; ses images étaient publiées dans le Jura Libre, l'organe du Rassemblement jurassien – mouvement qui posa les bases, dès 1949, du séparatisme. Il était né en 1925; il est décédé le 30 octobre dernier, quelques jours à peine après le vernissage de son exposition au Sauvage. Cruelle beauté, quelque part.

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Rire, se perdre

On rembobine. De 1962 à 1978, en un peu plus de trois lustres à tirer le portrait d’un canton en gestation, Bernard Willemin aura été d’une bonne partie des coups d’éclat de ces jeunes énervés qui se tatouaient le Jura sur l’âme: manifestations, goudronnages de rails de trams, blagues potaches adressées aux autorités bernoises… Il faut se perdre, rire et parfois se laisser pincer le cœur devant ses photos.

Face à elles, on ne peut en effet qu’être saisi: par ces manifestants autonomistes surpris par la neige et qui se contentent stoïquement de mettre les mains dans leur pardessus pour continuer à faire le poing dans la poche; par ce parterre efflorescent de drapeaux jurassiens déployés autour du Fritz (cette statue commémorative de la première Mob, érigée au col des Rangiers puis déboulonnée par les Béliers en 1984); par une marche au flambeau dans les rues de Porrentruy qui prend des airs d’arc électrique sur fond de pavés disjoints; ou encore par une escouade de policiers bernois casqués comme des bobbies londoniens échappés d’un sketch des Monty Pythons. Bref, autant d’images où le compte-rendu de la révolte s’associe tour à tour à la poésie grise et au carnavalesque.


«Naissance d’un canton», photographies de Bernard Willemin. Galerie du Sauvage, Rue de la Chaumont 3, Porrentruy. Jusqu’au 23 décembre 2017.