Le nanar, ce délice assumé

Cinéma Le festival du film fantastique de Neuchâtel consacre sa rétrospective aux «plaisirs coupables»

Ces films, séries, musiques que l’on aurait honte d’aimer. Vraiment? Trois personnalités font part de leurs goûts inavouables

Cette attitude, admettons-le, tient un peu de la posture. Confesser sur un ton de confidence extrême, presque arrachée comme un aveu, que l’on adore tel film unanimement considéré comme nul, possède, depuis quelque temps déjà, une vraie part de fierté. Il fut un temps où l’on détestait aimer des navets, de quelque art que ce soit. On lisait le roman de gare, le Guillaume Musso d’alors, en le pliant pour cacher la couverture. On matait des VHS entre amis, pour s’adonner entre complices au vice des séries Z, derrière les gros rideaux de velours du salon. Peut-être même contemplait-on des croûtes picturales dans des revues dûment camouflées.

Foin de ces prudences artistico-morales. Le mauvais goût triomphe, et se revendique. Quand le Festival du film fantastique de Neuchâtel, qui commence ce vendredi, baptise sa copieuse rétrospective «Plaisirs coupables», il fait dans l’ironie, ou la rhétorique. C’est «un programme qui vient du cœur», a posé Anaïs Emery, directrice du Festival. Il y a plaisir, certainement pas culpabilité. Chacun claironnera qu’il va voir Spermula, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song ou Il Grande Racket.

Cette libraire d’une ville lémanique le confirme. On ne glisse jamais à ses oreilles une excuse à acheter un roman populaire – «ou alors, les amateurs de ces romans vont les acheter en supermarché, où ils sont anonymes». Patron du magasin de DVD Le Karloff à Lausanne, Michael Frei note que «parfois, les gens s’excusent en disant: «C’est un des films de mon adolescence», ou: «Ce film est en rapport avec un événement dans ma vie»…» Il observe que le statut même du vendeur spécialisé, donc prescripteur («alors que je suis davantage fan de Julia Roberts que de Lars von Trier») peut intimider des clients: «Il arrive que certains cherchent à s’excuser, mais ça peut être pour Les Bronzés ou Pretty Woman… Tous genres de films, en fait.»

Pendant une grosse semaine à Neuchâtel, pour la 15e édition du festival, les fidèles du NIFFF vont consacrer le triomphe du nanar en dévorant par exemple un film de Jess Franco – tourné en Suisse, toutefois, ça donne une caution. La cause du plaisir déculpabilisé est gagnée. Ou presque: de son comptoir, Michael Frei relève que «les authentiques nanars, séries B et Z, les gens en sont fiers. Chez moi, le vrai sentiment de culpabilité viendrait plutôt du fait que les gens n’aiment pas avouer qu’ils aiment La Mélodie du bonheur ou Bienvenue chez les Ch’tis

«Parfois, les gens s’excusent en disant: «Ce film est en rapport avec un événement dans ma vie»…»