L'anarchiste Narcisse Praz, qui défraya la chronique dans son hebdomadaire satirique La Pilule, donne son autobiographie amoureuse. Après d'autres mémoires, dix romans, des pièces de théâtre et des recueils de poèmes, il revient sur le fil conducteur de sa vie: les femmes. Sous forme d'une confession dont l'interlocuteur est un psychiatre, ironisé d'ailleurs par son pseudo-patient, Praz déroule le fil de sa vie et de sa «pathologie» amoureuse: blocages et pannes, donc. Ses Damnaïdes sont chargées comme dans le mythe de remplir d'absolu son tonneau percé. Fils d'ouvrier rouge dans un Valais noir, l'école lui ouvre l'horizon. Après les attouchements d'un prêtre, chassé du collège, Praz s'engage dans les chantiers des barrages. Dans ces mémoires, la joyeuse humeur du libertaire heurte de plein fouet la mélancolie d'un homme creusé par le manque, errant de malentendu en malentendu avec les femmes et avec le monde. Une écriture un peu surannée s'anime en des formules lapidaires et violentes, où le trivial le dispute au grand style. Comme dans le phrasé contrasté d'un Cherpillod. Plus ramassé, ce récit de faux naïf aurait toutefois gagné en force.