Scènes

Narcisse: «Le slam, c’est un moment de poésie pour tous»

Du 24 au 26 mai, Lausanne accueille pour la cinquième fois le festival Lauslam. Décryptage du concept du slam, qui permet à tout un chacun de devenir poète, avec le performeur romand Narcisse

Le slam. Pour beaucoup, c’est encore un ovni du cosmos artistique. Et pourtant. Constituée de petits tournois de poètes amateurs à ses origines, sa galaxie a grandi et s’est éclatée en mille et une constellations ces dernières années, avec l’avènement de nouvelles stars sur la scène YouTube et les planches de théâtre. Désormais, le slam ne surfe pas seulement sur la vague des mots. Il se met en musique, ose un pas de deux avec la danse et ponctue d’acrobaties du corps les pirouettes de l’esprit.

Tout un univers, que le festival Lauslam, organisé par la Société lausannoise des amatrices et amateurs de mots (SLAAM) pour une cinquième fois, propose d’explorer le week-end prochain. Pour mieux s’y retrouver, rappel des règles du jeu avec l’un des invités d’honneur et figure de proue du slam romand, Narcisse.

Le Temps: «Le slam n’est pas une forme de rap, le slam n’est pas un style», lit-on dans la présentation du festival. On aime le définir par ce qu’il n’est pas. Mais qu’est-ce qu’il est?

Narcisse: C’est juste (rires)… A ses débuts, le slam est un moment de poésie ouvert à tout un chacun. Il enlève le côté élitiste de la création littéraire et permet à n’importe qui de monter sur scène et dire son poème. Quand il apparaît dans des quartiers défavorisés de Chicago dans les années 1980, c’est un tournoi poétique où tout le monde peut s’exprimer: ceux qui récitent et le public, ce dernier évaluant la performance. La poésie devient moins élitiste et moins ennuyeuse, aussi.

Peut-on parler d’un mouvement quasi social?

Oui. D’ailleurs, en anglais, le mot slam signifie «claquer». C’est la poésie qui claque, qui donne des gifles, au sens verbal.

Dans ses revendications et sa manière de réciter, le slam s’apparente au rap… Seraient-ils cousins?

On les confond souvent parce que beaucoup de slameurs sont proches de la culture hip-hop. Mais le rap est un style de musique alors qu’un style slam n’existe pas. On ne peut pas dire un texte en slam, ou plutôt, on peut le faire de différentes manières. Certains slameurs sont plutôt conteurs, ils racontent une histoire, d’autres s’amusent davantage à jouer avec des rythmes et des sonorités.

La composante musicale est très présente, au point que le texte semble parfois moins important que les tessitures vocales…

A l’origine, il s’agit d’un tournoi, et la réussite de la performance se compose de plusieurs éléments: le contenu, sa présentation, les gestes, la voix. On peut articuler le message à faire passer ou laisser s’écouler la musique des mots. L’indéchiffrable fait partie du jeu mais c’est l’interaction entre l’artiste et le public qui reste essentielle.

Avec les slameurs professionnels et leurs mises en scène spectaculaires, ne risque-t-on pas de trahir cette dimension anti-élitiste originelle, justement?

Au festival de Lausanne, on essaie de réunir les deux: des performeurs célèbres pour faire connaître le slam et amener un nouveau public, et des tournois, ateliers et scènes libres pour ceux qui veulent s’essayer à l’exercice. En dehors du festival, l’association SLAAM organise régulièrement des rencontres et tournois ouverts à tous. Dans toutes ses expressions, le slam est un moment de partage.


Lauslam! Festival, du 24 au 26 mai à Lausanne, Casino de Montbenon.

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