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Nathacha Appanah et les mots si bleus, si calmes

De l’île Maurice à la Normandie, la romancière poursuit une œuvre qui explore les sources de la violence. Nourri des rythmes de Verlaine, «Le Ciel par-dessus le toit» cueille ces silences où l’amour se tient, malgré tout

Quels sont les mots? Tous les personnages de Nathacha Appanah se posent cette question, à un moment ou un autre. Comment nommer ce qui se tient devant les yeux ou, plus difficile encore, dans le cœur? Comment choisir ces pauvres messagers des abysses intérieurs, ces frêles sons qui devraient être capables de dire l’amour qui persiste, malgré tout? De livre en livre, depuis Les Rochers de Poudre d’Or en 2003 et jusqu’à Le Ciel par-dessus le toit, en lice aujourd’hui pour le Prix Goncourt et le Prix Femina, la romancière mauricienne s’attache à ce tri: les mots qui parlent, ceux qui résonnent vraiment, loin des slogans qui tranchent et excluent, loin des harangues qui font vendre et acheter. Nathacha Appanah écrit pour réveiller les mots qui dorment au creux du malheur, qui se dissolvent dans les larmes. En poète, elle guette les mots-ponts qui disent l’humain, la vie.

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