Qu'est-ce qui s'insinue entre la réalité et sa représentation, et fait qu'elles ne correspondent pas vraiment? La liberté du peintre, évidemment! Mais pas seulement. Intervient aussi et surtout cette notion appelée «l'image». Un concept qui jouit d'autonomie. Et qu'Olivier Saudan s'efforce d'utiliser et de soutenir. Il s'est déjà expliqué à ce sujet, disant qu'il faisait en sorte, dans ses peintures, que «l'image parle de sa propre existence, qu'elle s'interroge elle-même».

Cette fois, Saudan le fait à travers un genre, la nature morte, particulièrement démonstratif. Ce genre laisse en effet croire au spectateur qu'il va être débattu des rapports troubles entre les apparences et leur interprétation. Or Saudan, nourri aussi bien des clairs-obscurs du Caravage que des impétuosités d'un Pollock et du style à la fois allusif et synthétique de Matisse, signale que le débat ne se situe pas là, mais dans le fait que l'image n'est qu'une construction mentale.

Ainsi, les trois grandes toiles gris argenté accrochées côte à côte, à la Galerie Ligne treize à Carouge, ne livrent qu'une image fantôme. Pourtant, Olivier Saudan y a peint un vase avec fleurs en les interprétant directement sur le motif. Et si le peintre propose un travail sur l'illusion – la nature morte restant l'art de suggérer la confusion avec la réalité –, ce travail vise surtout à bousculer les interprétations du lecteur. L'intérêt de l'artiste est donc bien de suggérer que l'image possède sa propre vie, sa propre manière de se constituer. A quoi contribuent de subtiles combinaisons d'aquarelle, vernis et pigments. S'amalgamant, se diversifiant ou se repoussant, ces matières font que le spectateur ne sait si l'image est en train de se constituer ou de se dissoudre.

L'impression du virtuel

Une série de petites compositions, cadrées sur un objet banal, donnent l'impression que ces objets appartiennent au virtuel. Ils semblent relever du souvenir, de la vision intérieure, de la fluctuation des réflexions. Si fait que ces natures mortes sont une très belle étude sur la manière dont se constituent… nos pensées.

Olivier Saudan. «Natures mortes». Galerie Ligne treize (rue Ancienne 15 à Carouge, tél. 022/301 42 30). Me-ve 14-18 h 30, sa 10-17 h. Jusqu'au 15 novembre.