Genre: DVD ou Blu-ray
Qui ? Mini-série créée parJulian Fellowes (2012)
Titre: Titanic
Chez qui ? Koba/Warner

Julian Fellowes a de la suite dans les idées. Ce vétéran de l’audiovisuel britannique, d’abord acteur, puis scénariste, entamait sa saga Downton Abbey par l’annonce du naufrage du Titanic. Et le voilà qui consacre un long téléfilm de trois heures à la catastrophe de 1912, en tous points identique, dans la démarche, à son œuvre phare.

Montrée à l’automne passé par la RTS et publiée en DVD, Downton Abbey réalise un coup de force. Intéresser un public continental, pas spécialement passionné par l’histoire de la noblesse anglaise et les forces laborieuses qu’elle emploie, au destin d’une famille, ainsi que d’un château. Débutant, donc, en 1912, la série, dont une troisième saison est commandée, s’emploie à suivre la vie du domaine de Downton Abbey , dont a hérité Robert Crawley, Lord Grantham. N’ayant pas de fils, il risque de devoir céder, par le biais du mariage d’une de ses filles, cette belle demeure et son parc à un cousin que personne n’a vu jusqu’ici. La première saison s’achève le jour de l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne. En alternant les séquences parmi la noblesse et chez les domestiques, Julian Fellowes échafaude une fiction finalement passionnante – même si on n’avait que faire, au début, de ce contexte et de cette histoire. Là aussi, on peut souligner la cohérence de l’auteur: en 2001, il écrivait Gosford Park, que réalisait Robert Altman, et qui scindait déjà son regard entre les riches et leurs valets.

Habileté de l’écriture, soin apporté à la distribution et à la mise en scène et talents des comédiens concourent à faire de Downton Abbey un objet absorbant, au sens qu’il capte, puis accapare le spectateur venu en curieux.

Titanic semble constituer comme un appendice de Downton Abbey. Un interlude dans le déroulement de la saga, déportée un temps sur l’Atlantique Nord. Ce sont d’autres personnages, mais le principe narratif demeure le même: l’auteur suit les destins de gens de la haute société aussi bien de travailleurs, dans les soutes ou au service des nobles.

On objectera que James Cameron l’avait fait; mais Julian Fellowes a pour lui sa précision toute britannique. Il se régale à détailler les tensions entre les passagers de première et de deuxième classe (sur trois), ces derniers oscillant toujours dans un entre-deux, tolérés par la véritable élite, mais sans cesse ramenés à leur condition intermédiaire. Le tableau que dresse ce Titanic apparaît ainsi complet, s’attardant davantage sur les passagers que sur les responsables de la compagnie. Grand classique de ce thème, les batailles pour les places dans les canots de sauvetage ont la violence qu’on leur prête, sans que les auteurs retirent toute humanité à leurs personnages.

Surtout, la mini-série représente, non sans malice, un joli exercice de style. A l’origine diffusée en quatre parties, sur ITV dans son pays et TMC en terres francophones, elle a été recomposée pour former deux chapitres en DVD. Ce qui semble presque plus logique. Car le deuxième volet constitue un approfondissement du premier. Surprenant son public, le scénariste reprend l’histoire à son début à l’entame de la seconde galette, montrant d’autres facettes des personnages déjà suivis dans les 90 premières minutes. L’histoire est répétée, sans redite; des aspects éludés, ou coupés par ellipse, reviennent par la suite, dans cette re-mise en scène des jours qui précèdent le drame. Le procédé étonne, avant de trouver sa logique interne.

A aucun moment, Titanic ne veut épater son public avec des effets spéciaux spectaculaires. Faute, sans doute, de moyens suffisants. Mais par sa structure en miroir, cette mini-série trouve une autre manière d’insister sur la terrible fatalité de la nuit du 14 au 15 avril 1912. Grâce à sa narration insistante, plutôt qu’en montrant le paquebot qui se casse en deux.

Julian Fellowes peut sembler raconter la même histoire, tout le temps. Avec Titanic, en profitant de la relative brièveté du format – par rapport à celui d’une série –, il prend la liberté de jouer sur les codes d’une narration classique. Dans certains cas, la méthode peut être qualifiée de radotage. Chez d’autres créateurs, la répétition traduit le chemin d’un talent qui s’affine. A 63 ans, Julian Fellowes appartient à ceux-ci.

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Muriel Batley, passagère dans «Titanic» incarnée par Maria Doyle Kennedy («Les Tudors»)

«Même notre noyade sera de deuxième classe»