Reportage

«Je ne crois pas en Dieu, mais en Johnny»

A Marnes-la-Coquette, les fans du chanteur sont venus dire leur chagrin

Il est 13 heures, et pourtant le ciel semble avoir retenu la nuit en choisissant son gris le plus sombre, accordé aux mines tristes. Ils étaient une cinquantaine dans la matinée, au milieu d’un déploiement de journalistes, mais le nombre d’endeuillés s’élargit d’heure en heure. Beaucoup ont les yeux rougis, d’autres s’abandonnent doucement à leurs larmes, presque assommés, tel ce fan tout en cuir qui vient de descendre de son Harley-Davidson.

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Dès l’annonce du décès, en pleine nuit, beaucoup ont pris la route pour venir se recueillir spontanément devant «chez Johnny». Depuis l’aurore aussi, la tranquille municipalité de Marnes-la-Coquette, située dans une banlieue parisienne cossue, est quadrillée par des barrières de sécurité et une dizaine de cars de CRS bloquant la circulation. Mais les représentants de l’ordre laissent les fans se recueillir calmement derrière le barrage qui fait face à la propriété de l’artiste. Certains acceptent même de prendre des fleurs pour les déposer au pied de la grille d’entrée de la résidence.

Congé pour la journée

Victor, accompagné de sa femme Rose, la soixantaine, raconte avoir marché des kilomètres dans ce bourg résidentiel pour dénicher un fleuriste. «J’avais prévenu: le jour où Johnny meurt, je pose un congé. Je l’aime depuis 1974. J’ai tous ses pin’s, DVD, albums et posters. Je devais être là. On a quand même perdu notre tour Effel», soupire-t-il.

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Alain, lui, vient d’avaler 600 km en voiture depuis l’Ardèche. Sous son blouson grand ouvert malgré le froid mordant, il arbore un t-shirt à l’effigie du chanteur jeune, ainsi qu’un pendentif avec «Jésus sur la croix et une guitare. C’était son emblème…» Fan depuis ses 9 ans, il prévoit de rester à Paris jusqu’aux obsèques. «J’ai jeté deux pulls et un slip dans mon sac à dos, je ne sais pas quand est l’enterrement, mais je vais attendre. Je n’arrive à rien faire d’autre, de toute façon. Depuis une semaine, je ne peux même plus écouter la musique de Johnny tellement le savoir mourant était douloureux. C’était mon dieu.» Idem pour Fred, 48 ans, tout juste arrivé de Reims, à 150 km: «Je ne crois pas en Dieu, mais en Johnny.» Alors, ce chef d’entreprise a même «mis tout le monde en congé pour la journée, en signe de deuil».

Une veillée

Un peu plus loin, un groupe qui brandit depuis des heures un drapeau à l’effigie de son idole s’est mis à entonner des tubes: «L’Envie», «Que je t’aime»… Les paroles sont reprises ici et là dans l’assistance. Des larmes se remettent à couler doucement. Une famille chic, avec trois enfants, s’est faufilée pour déposer des fleurs au pied de la barrière. La mère confie: «On est venus en voisins, c’était important de le saluer.»

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Même le bistrot à la clientèle feutrée La Tête Noire, au bout de la rue, a mis Johnny en fond sonore. Pour la journée. Quand on demande à la patronne si un hommage officiel est bientôt prévu à Marnes-la-Coquette, elle dit tristement ne pas savoir: «On a tellement été pris de court. C’est une journée triste.»

Dehors, des cœurs orphelins continuent d’arriver. La plupart sont décidés à rester jusqu’à la nuit. «D’autres fans vont arriver de partout, affirment Patrick et Yveline, et ça va sûrement finir en veillée.» Des rassemblements plus organisés étaient prévus le soir, un peu partout en France, mais c’est devant chez Johnny, là où il a exhalé son dernier souffle, que les purs et durs ont préféré commencer leur deuil.

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