Tania Nerfin, chanteuse du groupe Ambos Mundos:

«Je me souviens très clairement d'un programme à la télévision qui était diffusé le dimanche soir. On y voyait souvent le duo Los Compadres. Compay Segundo me fascinait parce qu'il parvenait à rythmer les chansons en faisant claquer ses joues. Ma mère ne comprenait pas mon engouement pour cette musique ancienne. Elle me menaçait: «Si tu ne finis pas ton assiette, je ne te laisse pas écouter Compay.» Quand il a fêté ses 90 ans dans un théâtre de La Havane, je l'ai vu entrer sur scène sur une charrette en costume de gentleman, avec une classe sidérante. Toute la ville était présente. A Expo.02, nous avons eu la chance de faire sa première partie. Il était certes amoindri, mais il nous a encouragés. Il considérait tous les musiciens cubains comme ses petits-enfants. Beaucoup de gens pensent que sa gloire n'était pas méritée, que ses chansons ne justifiaient pas une passion telle, parce qu'elles étaient obsolètes. C'est absurde. Je me sens étrangère au phénomène de la timba, cette musique exubérante, proche de la salsa, dont la jeunesse cubaine est si friande. Compay Segundo a permis à une part originelle de notre culture d'être reconnue par une nouvelle génération et au-delà de nos frontières. Dans la musique d'Ambos Mundos, nous essayons de conserver un ancrage fort dans la tradition. En cela, nous lui devons beaucoup.»

Eduardo Jimenez, trompettiste et joueur de «tres», guitare à trois doubles cordes:

«Dès que j'ai appris la nouvelle, j'ai commencé à préparer un hommage pour notre concert d'hier lundi. Comme Compay Segundo, je viens de la campagne cubaine. Je suis né dans un village proche de son lieu d'origine. Ses chansons m'ont toujours touché. Elles parlent du quotidien des paysans, des plantations, de mon enfance en fait. En ville, les gens écoutaient probablement des textes plus intellectuels. Mais, pour moi, le modèle de la musique cubaine reste tout entier lié à cette tradition rurale. Je ne suis pas certain que le Buena Vista Social Club ait vraiment favorisé ce retour aux racines. Depuis très longtemps, les touristes exigent d'entendre de vieilles complaintes.»