Papillonnages. Une histoire culturelle du papillon. Nicolas Witkowski. Seuil, 144 p. Env. 76,50 fr.

Ephémère, chrysalide, fée, nymphette... Du papillon à l'humain, la métamorphose - culturelle! - n'est pas tout à fait improbable. Peintres, dessinateurs, littérateurs ont rêvé ces mutations tout en légèreté. Témoin, ce dessin de Vladimir Nabokov, reproduit dans Papillonnages, qui est une dédicace de Lolita à la femme de sa vie. Afin d'évoquer la nymphette - dont le baiser a «je ne sais quoi de papillonnant» - à sa nymphe aimée, l'écrivain et entomologiste russe dessine une chenille puis un papillon. Nicolas Witkowski, dans Papillonnages,fait le chemin dans l'autre sens, en revendiquant sa subjectivité de chasseur amoureux des papillons. Il se demande, à travers l'histoire de l'art, la littérature, les songes mais aussi les sciences, ce que l'homme a rêvé, imaginé ou appris du papillon. Ravi des spéculations très médiatiques d'un Lorenz sur «l'effet papillon» en 1972 - «Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas?» -, ce savant poète termine son livre par un essai un peu narquois autour de la théorie du chaos, une idée qui l'inquiète moins que la raréfaction des papillons sur la planète. En explorateur volage, il a butiné de nombreux territoires avant d'en arriver là. Il a suivi Psyché propulsée par les ailes de papillon; admiré les planches colorées d'une Maria Sybilla Merian; décrypté les noms du papillon, du Noctuelle putride au Nymphale de l'arbousier. Il observe aussi les esprits ailés de Heinrich Füssli, maître des sommeils et des amours étranges. Il se souvient des leçons de la science et livre le secret des couleurs éblouissantes des ailes de papillons: couleurs qui ne doivent le plus souvent rien aux pigments chimiques mais tout à la texture des ailes: les stries, tuiles, micro-cannelures qui les revêtent diffractent les ondes lumineuses, créant des chatoiements et des irisations métalliques aux couleurs merveilleuses. L'élégance de ce «voyage personnel transmué en histoire culturelle» réside dans la profusion d'images anciennes ou nouvelles: natures (pas si) mortes de petits maîtres hollandais, gravures, planches, collections, photographies et mêmes tatouages entourent un texte, qui, comme il se doit, est un modèle de légèreté.