Discrimination

Pour ne plus avoir à montrer patte blanche

Le documentaire «No Apologies» dénonce le racisme dont sont victimes les migrants noirs à Lausanne. Dans ce film écrit collectivement, les premiers concernés prennent la parole

On ne leur donne pas la parole. Ils la prennent. Et cette fois-ci, il ne s’agira pas de justifier leur présence ici, dans les rues lausannoises, ni de montrer patte blanche pour convaincre ceux qui veulent bien l’entendre qu’ils sont de «bons hommes noirs». Cette fois-ci, dans le documentaire No Apologies, qui a fait salle comble mardi au Cinéma Bellevaux à Lausanne, Ebuka, Mamadou, Franck et leurs compagnons anonymes racontent leur quotidien d’homme noir dans la capitale vaudoise tel qu’ils le vivent avec leurs mots de poète, de philosophe, de militant et d’êtres humains.

«Nous ne voulions pas refaire un film de Blancs au sujet des Noirs», commence le réalisateur Lionel Rupp. «Et je n’aurais pas participé à la création d’un documentaire à notre sujet si je ne pouvais pas figurer à l’image», complète Ebuka Anokwa, également réalisateur et protagoniste.

Ne pas oublier Mike

Dès ses prémices, No Apologies a été écrit collectivement. Ce documentaire, autofinancé par le collectif d’artistes Zooscope et les groupes lausannois solidaires des migrants, répondait à un besoin: celui de mettre la lumière sur cette population précarisée, stigmatisée et victime d’un racisme systémique à Lausanne. Mais c’est surtout la mort de Mike Ben Peter, ce Nigérian décédé en marge d’une manifestation en mars 2018 après avoir été interpellé violemment par la police, qui a fédéré les différents protagonistes autour de la nécessité de témoigner.

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Car le cas de Mike n’est pas le seul. Lamine, Hervé et Claudio sont des noms qui évoquent aussi la question des violences policières à l’encontre des Noirs en Suisse. «Plus le temps passe, moins les proches de Mike sont présents en Suisse. L’affaire traîne et n’est pas résolue», précise Lionel Rupp.

Découvrir le racisme

C’est une réalité que le film met en exergue. Les Noirs ne sont pas libres d’être comme tout le monde. Au quotidien, rien qu’un regard les ramène à la couleur de leur peau. Considérés comme des dealers ou des malfrats, traqués et fouillés jusqu’au seuil de leur porte, ils dénoncent l’injustice. «Je ne savais pas ce qu’était le racisme avant de venir en Europe», témoigne Ebuka. Un de ses camarades, qui souhaite garder son identité secrète, relate: «Les policiers m’ont dit que tous les Noirs étaient des dealers, sauf Obama et Mandela.»

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Tourné en une semaine, dans l’espace autogéré de Saint-Martin, au cœur de Lausanne, No Apologies met en image un huis clos où les protagonistes témoignent masqués ou à visage découvert. «C’était la meilleure façon de ne pas mettre quiconque en danger. Bien que l’on soit à Lausanne, certains se sentent plus libres de parler masqués», commente Lionel Rupp.

Le film surprend. On rit, on pleure, on se questionne. En interrogeant leur identité de Noir dans un monde dominé par les Blancs, les personnages pointent la nôtre du doigt. «Tout ce que j’ai appris à l’école en Afrique, c’est comment devenir un homme blanc. On ne m’a jamais appris à être Noir», expose Ebuka. Le documentaire a l’habileté de relater sans juger. No Apologies casse les a priori. Et, tout en rompant avec les notions de bien et de mal diffusées par la société blanche, offre l’opportunité de voir son monde avec d’autres lunettes. Celles d’un changement possible.


No Apologies, dès le 8 octobre dans les salles romandes, Noapologiesfilm.com

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