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Anne Davier et Cindy Van Acker, Directrices de l’ADC, Genève, Octobre 2017

Spectacles

«Nous ne privilégierons pas les modes, mais les gestes singuliers»

La Genevoise Anne Davier vient de prendre la direction de l’Association pour la danse contemporaine, institution majeure dans le domaine. Elle s’est associée à la chorégraphe Cindy Van Acker, artiste aux inventions magnétiques. Ce duo déborde de projets. Premier galop

Au bord du fleuve, elles chantent sous la pluie. On pourrait le croire du moins. Ce jour-là, à l’aube, elles ressemblent à deux demoiselles échappées d’une comédie musicale, aériennes et pensives comme le roseau. Anne Davier et Cindy Van Acker sont naturellement cool. A les voir ainsi, on n’imagine pas qu’elles vont chambarder le monde de la danse, à Genève et en Suisse romande.

Anne Davier prend ces jours la direction de l’Association pour la danse contemporaine (ADC), cet ensemble qui comprend une salle de 150 places – une quinzaine de spectacles dans une saison, soit 90 représentations par an –, trois studios de création et un journal spécialisé. Cindy Van Acker sera chargée à ses côtés de la programmation.

Un tandem donc, comme à la Comédie de Genève et au Théâtre du Grütli. Pour une révolution en douceur de la scène, promettent ces deux femmes de tête. Mais pourquoi elle, Anne Davier d’abord? Peut-être parce que cette littéraire – un master en littérature française et un autre en sciences de l’éducation – a cherché les traces de la danse en terre helvétique, rattrapant des pionniers par le collet, afin de saluer un héritage menacé d’amnésie. Avec l’historienne Annie Suquet, elle signait ainsi l’an passé La Danse contemporaine en Suisse, 1960-2010, les débuts d’une histoire (Zoé), livre précieux parce que comblant une lacune.

Un tandem prometteur

Mais ce titre ne justifie pas à lui seul que la commission présidée par Michèle Pralong – ex-journaliste et directrice du Grütli – l’ait choisie pour succéder à Claude Ratzé, ce gourmet qui dirige désormais le festival de La Bâtie. Si elle a damé le pion à la concurrence – douze autres dossiers – c’est sans doute parce que son autorité douce fédère, qu’elle œuvre à l’ADC depuis dix-sept ans et qu’elle connaît tous les rouages du système pour avoir siégé au comité directeur de Pro Helvetia.

C’est surtout parce qu’elle a eu cette belle idée de s’associer à la chorégraphe belgo-genevoise Cindy Van Acker, dont chaque pièce magnétise, en Suisse et en Europe.

Enoncé ainsi, on comprend l’enthousiasme que suscite la nomination de ce tandem. Il est animé d’un idéal, mais ne plane pas. Il refuse l’esprit de chapelle. Il paraît suffisamment persuasif pour trouver l’oreille des politiques. Genève fait figure de capitale de la danse en Suisse. L’ADC est l’un de ses moteurs. D’ici à 2020, Anne Davier et Cindy Van Acker devraient inaugurer un nouveau théâtre, le Pavillon de la danse, place Sturm, à trois bonds de la Vieille-Ville. Et si on parlait «élan», justement

Le Temps: D’où vient cette idée de vous associer?

Anne Davier: Quand j’ai décidé de poser ma candidature, j’ai tout de suite pensé à m’associer à Cindy Van Acker. Dans mon esprit, c’était elle! Son univers esthétique, sa rigueur, son honnêteté intellectuelle vont donner un souffle à l’ADC et à la danse à Genève. J’avais envie d’avoir à mes côtés une artiste pour développer une pensée créative forte. C’était pour moi la condition d’un nouvel élan.

Cindy Van Acker: J’aspirais à un projet qui dépasse le cadre de ma compagnie, qui me permette de contribuer à l’essor de la danse, mais en modifiant sa logique. Un certain goût s’impose aujourd’hui dans un circuit souvent conformiste. Les programmateurs vont tous voir la même chose aux quatre coins du monde, faisant ainsi leur marché. Je voudrais privilégier ici des créateurs moins tendance peut-être, mais plus singuliers. Je voudrais aussi accompagner les jeunes qui sortent des écoles, les aider à affirmer leur langage, à échapper à la pression du marché.

Comment vous répartirez-vous les rôles?

A.D.: J’assume la direction de l’ADC. Cindy développe certains projets et conçoit la programmation à mes côtés. Notre désir est de développer un dialogue et d’y inclure notre équipe.

Que voulez-vous changer?

A.D.: Nous avons un objectif exaltant, le Pavillon de la danse qui devrait voir le jour au plus tard en 2020. Genève est la ville de Suisse qui compte le plus de compagnies et un public de plus en plus large, mais la danse ne dispose toujours pas d’un théâtre conçu pour l’art chorégraphique et qui lui soit entièrement dédié.

Le crédit de construction (11 millions, ndlr) devrait être voté d’ici à l’été prochain par le Conseil municipal. Nous avons de notre côté trouvé un million auprès de privés pour financer le bâtiment. Il est évident que ce Pavillon créera une dynamique, des collaborations soutenues, par exemple avec la Nouvelle Comédie dont nous serons les voisins.

C.V.A.: Ce Pavillon est nécessaire pour que les créateurs travaillent dans de meilleures conditions. Il nous permettra aussi de créer des espaces d’échanges et des projets d’émulation entre public et artistes. Mais nous n’allons pas attendre le Pavillon pour passer à l’acte.

Quel est le premier projet qui portera votre signature?

A.D.: Une radio cinétique. C’est un projet qui nous est cher, parce qu’il permet de rapprocher le public des artistes et de ceux qui pensent la danse. Nous imaginons les choses ainsi: huit rendez-vous dans l’année, le lundi, dans notre salle transformée en studio. Annie Suquet, historienne de la danse qui a l’art de rendre palpitante sa matière, animera ces émissions, entourée d’intervenants de renom. Nous pourrions dans un deuxième temps imaginer que ces émissions de deux heures soient diffusées par une radio partenaire.

C.V.A.: L’idée, c’est de faire entrer le public dans le cœur de la danse. Mais aussi de créer une communauté large qui inclue spectateurs, jeunes danseurs en formation, chercheurs. Cette radio s’inscrit dans l’ambition que nous avons d’élargir le contexte des œuvres.

A.D.: C’est l’un de nos axes: nous ne voulons pas cumuler les spectacles, mais leur donner du temps pour qu’ils puissent mûrir et rencontrer le public. Cela signifie que nous allons davantage travailler la diffusion de ces œuvres.

Quelle coloration donnez-vous à votre programmation?

C.V.A.: Je poursuivrai, parallèlement à mon engagement à l’ADC, mon propre travail d’artiste. Quant à la programmation, elle ouvrira sur différentes esthétiques. Ce qui m’importe, c’est que chaque projet ait sa raison d’être, que l’écriture du mouvement et la composition de la pièce soient d’une belle tenue. Nous ne courrons pas après la nouveauté, mais nous chercherons l’authenticité.

Rien à voir. Quel est le livre que vous offrez aux êtres qui vous sont chers?

A.D.: Just Kids de Patti Smith.

C.V.A.: Il y a deux ans, je vous aurais cité la trilogie de l’Islandais Jón Kalman Stefánsson, Entre ciel et terre, La Tristesse des anges et Le Cœur de l’homme. Aujourd’hui, c’est As Sweet as it gets, du peintre belge Michaël Borremans. Ses tableaux se mettent littéralement en mouvement.

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