Que feriez-vous si les vedettes de Hollywood se retrouvaient sans abri suite au tremblement de terre qui menace Los Angeles? Rien? Alors vous n'êtes pas tout à fait mûrs pour figurer dans la dernière création de Marielle Pinsard, Nous ne tiendrons pas nos promesses. Avec une drôlerie féroce, l'auteur et metteur en scène lausannoise épingle l'affolement de cinq nantis en quête d'attitudes responsables vis-à-vis du monde malade. Dans le cas évoqué, Yvonne imagine qu'elle pourrait adopter Shirley Mac Laine pour voir «comment ça vit, une star».

Auparavant, au fil de cette soirée organisée par la matrone Yvonne (Anne Levy) et son freluquet de mari (Pierre Spuhler), les invités ont déjà longuement discouru sur la nourriture bio, le latin comme langue SMS ou le dernier crash de l'aéroport de Madrid. Avec chaque fois le même résultat: un vide abyssal dans ce flot de mots.

Quoi, un spectacle entier pour dénoncer le vain bavardage de bobos qui font semblant de sauver la planète? La dérision doit lasser. Non, car Marielle Pinsard est rusée.

Déjà, elle réunit des personnages ultratypés dont les obsessions produisent un efficace comique de répétition. Il y a Jane (Valeria Bertolotto), l'Américaine illuminée qui a ramené d'Inde une orthorexie hystérique l'empêchant d'avaler tout cake «dont la farine bio n'est pas écrasée à la meule de pierre». Cyril, l'opportuniste obsédé, que l'envie de sexe et le portable à oreillette ne quittent jamais. Et Béa (Marie-Madeleine Pasquier), la pauvre petite fille riche qui défaille chaque fois qu'elle se souvient des villas et Jaguar familiales. Tous excellent dans ce registre caricatural.

Ensuite, la metteur en scène prolonge par le mouvement cette parole en excédent: des scènes sont redonnées à l'identique; des délires saisissent l'assemblée - une partouze devant la TV allumée, comme si la débauche sexuelle doublait la débauche de mots. Et des dérapages minent la soirée - la panne du mari bloqué sur deux mêmes mots jusqu'à la nausée.

Marielle Pinsard adore dévoiler nos cache-misère. Ici, dans cette affaire du langage désengagé, elle frappe fort. Mais même démasqué, le public rit volontiers.

Nous ne tiendrons pas nos promesses, jusqu'au 5 septembre, au Théâtre Saint-Gervais, La Bâtie- Festival de Genève, 022/ 38 19 19, http://www.batie.ch