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Fiction TV

Tu ne tueras point ton robot

Arte lance ce jeudi une série suédoise sur les liens entre humains et machines. Le créateur et le producteur expliquent leur choix de cette histoire métaphorique

Tu ne tueras point ton robot

Fiction TV Arte lance ce jeudi une série suédoise sur les liens entre humains et machines

Les créateurs expliquent leur choix d’une histoire métaphorique

Aïe robots. Dans ce futur-là, peut-être proche, le nouveau militantisme «bio» consiste à refuser l’aide des robots. On brandit le label «vrais humains» sur sa maison comme, aujourd’hui, on pose des autocollants anti-publicités sur les boîtes aux lettres. D’apparence tout à fait humaine, un peu poupées aryennes aux yeux bleus étincelants, les robots, nommés hubots, ont pourtant pris une large place dans la société. Ils s’achètent chez des concessionnaires comme des voitures, avec le choix des tâches qu’ils doivent remplir: tenir le ménage, s’occuper des seniors à domicile, aller chercher les enfants à l’école, assumer sans relâche la manutention dans des usines ou des centres de distribution…

C’est le monde de Real Humans (Äkta människor), série suédoise qu’Arte lance ce jeudi, et qui sort en DVD. Une curiosité: c’est la première fois que la TV publique suédoise se lançait dans un tel pari, investir le champ de la science-fiction. Rencontré au dernier Festival Tous Ecrans, Lars Lundström, le créateur et scénariste, racontait que «le chef de la fiction de la chaîne nous soutenait, mais bien des gens doutaient. Ils pensaient qu’une série sérieuse, dramatique, sur un tel sujet se révélerait totalement impossible à réaliser. Ou serait ridicule.» Henrik Widman, le producteur, raconte: «Pour convaincre les partenaires, nous avons fait un court-métrage de 10 minutes. Il nous fallait surtout préciser la manière dont nous ferions interpréter les hubots. Nous avons travaillé avec un mime, ainsi que des conseillers scientifiques, afin de définir leur démarche, leurs mouvements, le degré d’humanité apparente qu’ils doivent avoir…»

Un défi, en effet. Sans les moyens financiers et technologiques qu’aurait une production américaine sur ce thème, le risque était grand de verser dans la science-fiction de bouts de ficelle. Le coup de force des deux Suédois aux commandes de la série a été de se concentrer sur les enjeux de la cohabitation. La résistance des vrais humains, la révolte, parfois, des hubots contre leurs maîtres qui les maltraitent, ou leur défense par des humains qui en font une cause sociale…

Sur dix épisodes, Real Humans prend le temps de détailler les questions que posera la coexistence, si elle se présente un jour de cette façon. Par exemple, le chamboulement d’une famille dont la jolie hubot fait bouillir les hormones du fils adolescent. Ou le grand-père qui conserve son ancien serviteur, devenu hors service, dans un cagibi, par attachement…

«Je ne suis pas vraiment un fan de science-fiction», prévient Lars Lundström. «Cette idée m’a surtout séduit par les belles perspectives de narration qu’elle ouvre, et par son potentiel métaphorique.» En Suède, où la première saison a obtenu d’excellentes audiences, la machine à questions a fonctionné à plein régime. Le scénariste a vite été invité à des débats publics en compagnie de scientifiques ou de religieux. Un intérêt national, explique-t-il, parce qu’en Suède, «nous aimons la technologie, nous adoptons facilement les nouvelles technologies. Les hubots seraient peut-être vite acceptés en Suède.» Henrik Widman ajoute: «Davantage que traiter le conflit humains-machines, la série nous permet d’aborder la question de ce qui fait l’être humain, ce qui motive d’ailleurs le titre: qu’est-ce qu’un vrai humain, qu’est-ce que l’émotion, ou l’amour? Sommes-nous exclusivement des machines biologiques?»

Mise à l’air du temps d’un questionnement fondamental. Citant les avancées des robots au Japon, Lars Lundström s’interroge: «Nous avons déjà une relation personnelle avec nos ordinateurs, nos téléphones… Cela s’accroît dans le cas d’une apparence humaine. Peut-être préférerez-vous la relation avec la machine, car vous pouvez la contrôler.»

Real Humans ajoute une touche suédoise au succès croissant des séries nordiques, après les précédents triomphes venus du Danemark. A la question de savoir pourquoi une telle fiction vient de Stockholm, Henrik Widman a son idée: «La Suède est un pays très sécularisé. La question de l’être humain se pose ainsi de manière plus aiguë. Si vous n’êtes pas croyant, vous êtes sans cesse en recherche de cette humanité, de l’âme, des émotions. La série discute ainsi de certains thèmes religieux.»

Et elle y parvient avec une remarquable cohérence, dans son économie d’effets spectaculaires, son attention aux lignes de rupture précises dans la relation des hommes et des machines. Pour tenir son rythme, Lars Lundström ­recourt à quelques ficelles du ­thriller et agence ses séquences avec un certain brio, évitant ainsi que la lourde matière n’étouffe le déroulement de l’histoire. Real Humans réussit ainsi à gagner sur ses deux tableaux, le suspense futuriste et la fiction à thème.

Dès lors, la série séduit loin à la ronde. Arte, pour la France et l’Allemagne, s’ajoute à des diffusions passées ou prévues aux Pays-Bas, en Australie, en Nouvelle-Zélande, tandis que des options ont été prises pour l’Espagne et l’Amérique du Sud, par la filiale continentale de HBO. En Grande-Bretagne, Kudos, compagnie centrale du paysage (Life on Mars, MI-5, The Hour ), a acheté les droits d’adaptation, ce qui se discuterait aussi avec des producteurs américains. Les créateurs suédois, eux, sont retournés auprès de leurs hubots: le tournage de la deuxième saison a commencé en janvier.

Real Humans. Arte, dès ce jeudi, 20h50. La série sort ces jours en DVD avec sous-titres français.

«La Suède est un pays très sécularisé. La question de l’être humain se pose ainsi de manière plus aiguë»

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