Livres

«Je n’écris pas, je rends conte», dit Tchicaya

Le troisième volume qui clôt les «Œuvres complètes» du Congolais Tchicaya U Tam'si vient de paraître. A la fois lyrique, épique et politique, cet ensemble donne la pleine mesure de ce conteur né, disparu en 1988

Avec ce troisième volume s’achève l’édition des Œuvres de l’auteur congolais Tchicaya U Tam’si (1931-1988) menée avec énergie par Boniface Mongo-Mboussa. Le premier était consacré à la poésie, le deuxième à la trilogie romanesque – Les cancrelats, Les méduses, Les phalènes. Le dernier réunit un quatrième roman, Ces fruits si doux de l’arbre à pain, un recueil de nouvelles, La main sèche, et une anthologie de contes africains, réunis, écrits et parfois traduits par Tchicaya.

Accents rimbaldiens

On peut désormais prendre la mesure de cette œuvre à la fois lyrique, épique, politique, née en France mais imprégnée par le Congo de l’enfance. Tchicaya U Tam’si est le fils rebelle de Jean-Félix Tchicaya, député noir à l’Assemblée constituante en France, un des fondateurs du Parti progressiste congolais. Lui-même occupera un poste à l’Unesco. Il est avant tout un poète aux accents rimbaldiens, et cette poésie se retrouve dans sa prose.

Lire aussi: Un roman reportage au Congo-Brazzaville

A preuve, Ces fruits si doux de l’arbre à pain, le roman de la désillusion post-coloniale qui annonce le Congo des années 1990, «miné par les milices et les guerres fratricides», comme l’écrit Boniface Mongo-Mboussa. Le livre retrace la destinée tragique de Raymond Poati, de son fils Gaston et de sa femme Mathilde, et leurs démêlés avec l’abbé Lokou, réinterprétation de l’abbé Fulbert Youlou, premier président du Congo. Il regroupe les grands thèmes de Tchicaya: «la tradition, la famille, l’inceste et la trahison».

Un nouveau barbare

Le roman révèle aussi une tension entre la tradition et un projet moderniste. A sa parution, en 1987, Michel Tournier voulait qu’on lui attribue le Goncourt. Il reste un témoignage très vivant et complexe de la société post-coloniale.

Les onze nouvelles de La main sèche, le livre préféré de Tchicaya, forment, selon lui, «le portrait à facettes d’un être qui se cherche une nouvelle identité de synthèse», un nouveau barbare «habité par deux morts, celles de deux morts qui l’ont enfanté. Ici le monde chrétien et le monde païen». Les 14 légendes africaines d’origines diverses qui terminent le livre renvoient à cette déclaration de l’auteur: «Je n’écris pas, je rends conte.»


Tchicaya U Tam’si
Œuvres complètes III
Gallimard/Continents Noirs, 742 p.

Publicité