La pampa, nue et plate, et par-dessus, le ciel immense qui pèse comme un couvercle. Entre deux, écrasés par tout ce vide, des êtres éparpillés, des routes droites à l’infini qui traversent des bourgades minuscules. A peine sorti de l’école de police, Pampa Asiain a été nommé à Monge: un bar, une quincaillerie, des maisons vides.

Au poste, à part la préparation du maté et la traque aux pêcheurs sans permis, Pampa et son collègue Parra n’ont pas grand-chose à faire. L’adjudant a un refuge secret à l’intérieur d’un des grands silos abandonnés du moulin Saez. C’est là qu’il a entassé ses affaires, que ses fantômes lui rendent visite, là qu’il joue de la guitare et que coulent les larmes. Pampa ne sait pas d’où elles viennent. Il ne sait rien de lui-même. Il a appris à jouer en autodidacte, «dans la solitude du désir», sur l’instrument de son père, estropié, prétendu poète mais véritable ivrogne, désormais «aussi mort qu’un mort peut l’être». Les cahiers qu’il noircissait ont fini dans la tombe de la mère.