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Le pianiste Nelson Goerner a donné au Victoria Hall un récital d'une belle liberté.
© JB MILLOT

Classique

Nelson Goerner: la plénitude au clavier

Lors de son récital genevois, le pianiste a libéré des facettes de jeu très équilibrées

Debussy versus Beethoven, c’est l’air contre la terre, l’eau contre le vent. Nelson Goerner, c’est tout ensemble et chaque élément à sa place. En véritable artiste du clavier, le pianiste a offert, lundi soir au Victoria Hall, un cadeau de beau piano et de haute musique.

Beau piano parce que tout émeut, du toucher (si velouté, rond et limpide) au legato (la souplesse des lignes!), de la déclamation (ces chants si clairs) à la technique (attaques puissantes et rapidité liquide). Haute musique parce que tout coule, de la construction très maîtrisée des oeuvres à la fine colorisation de leurs lignes internes, du travail différencié du discours au tissage serré des intentions.

En opposant les Préludes du premier cahier de Debussy à la phénoménale Sonate Hammerklavier de Beethoven, Nelson Goerner aurait plus dresser deux esthétiques l’une contre l’autre, ou tenter de les fondre dans un langage commun. A travers des lectures intimes, il a traversé les styles dans un équilibre et une simplicité désarmants. Et montré en trois bis (Nocturne op.55 no1 de Chopin, Poème op.32 no1 d’Alexandre Scriabine et Etude pour la main gauche op.36 de Félix Blumenfeld) que virtuosité et poésie peuvent se conjuguer au singulier.

Gouttes de notes

La plénitude et le recueillement des «Danseuses de Delphes», font honneur à l’harmonie des chants, dégagés avec délicatesse, avant que la brume ombrée de «Voiles» se déploie sur une pédale qui nimbe les notes de résonances. Après «Vent dans la plaine» murmuré, presque furtif, «Les sons et les parfums…» ouvrent sur une belle sensualité malgré un sifflet insupportable de messagerie dans la salle. «Les Collines d’Anacapri» et la «Sérénade interrompue» prennent les chemins de la latinité et de la réminiscence, dans la tendresse des chants, alors que l «Des pas sur la neige» lâchent de saisissantes gouttes de notes.

Dans «Ce qu’a vu le vent d’Ouest», Nelson Goerner libère les forces souterraines par éruptions et réveille un imaginaire foisonnant. Les hallucinations affleurent, adoucies par une «Fille aux cheveux de lin» pleine de grâce et une «Cathédrale engloutie» aux sonorités de rêve. Un peu de jeu et d’esprit pour la «Danse de Puck et Minstrels»: il faut bien se détendre avant d’attaquer la Hammerklavier

Eau forte et gravure

Là, le ton change. Le son s’acidifie, le toucher se durcit, le discours se cabre. L’huile et le pastel font place à l’eau forte et à la gravure. Après l’esprit et l’onirisme chez Debussy, Beethoven touche au cœur, à la chair et au mental. Dans une formidable tension, le pianiste tend des arches sèches et creuse des lignes sombres. En gardant toujours un sens constant de l’équilibre.

De l’urgence de l’allegro où les sonorités se hérissent, plus tranchantes, et les voix composent de savants champs-contrechamps en oppositions de plans, la violence du Scherzo débouche sur une désolation intense dans l’immense adagio. Une douleur aux chants supérieurs soutenue par la compassion touchante des médiums et des graves.

Quant à la grande Fugue finale, Nelson Goerner la mène en explorateur, décloisonnant les thèmes pour les fondre ensuite. Pulsatile, vibratile, aussi complexe que fluide, le mouvement conclusif impressionne par sa liberté. Celle d’un musicien qui touche sa plénitude de jeu.

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