Rafraîchissons tout de suite les ardeurs: sauf retournement soudain, l’accord signé ne porte que sur la France, et pour une année seulement. Cette semaine, Netflix a créé la surprise en annonçant faire affaire avec le producteur et distributeur français MK2. La plateforme de Los Gatos proposera 50 classiques du cinéma, dont 12 films de François Truffaut, des Jacques Demy, un peu de Chaplin et du David Lynch.

Il y a d’abord de quoi sourire. En septembre 2014, lorsque Netflix arrivait en Suisse, le cocréateur de l’entreprise Reed Hastings répondait à la question du journaliste du Temps surpris de ne voir sur son service à peu près rien d’avant 1990, aucun classique, pas même un petit Hitchcock: «Les vieux films n’intéressent pas le public. Vous surestimez son intérêt pour ces films, même les Hitchcock.»

L’article de l’époque, avec les propos de Reed Hastings: Netflix ajoute la Suisse à sa conquête mondiale des écrans

Une guerre de territoires

La doctrine a changé. Pourquoi pas? Mais quand on voit qu’Amazon commence à farfouiller dans les vieilleries, on comprend que la démarche relève surtout de l’occupation de terrain tant que possible. Au moment où les concurrences montent sur chacun de ses flancs, le géant du streaming va faire feu de tout bois pour attirer de nouveaux profils de clients.

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Les séries, moteur du streaming

Il faudra alors qu’il soit cohérent. Il n’a pas bâti sa popularité sur le cinéma, son catalogue est piteux. Il a fait ses milliards, les fait et les fera, sur les séries. Si Netflix veut draguer les cinéphiles, il aura presque comme obligation morale – et qui sait, aussi commerciale – de courtiser les sériephiles. Essayer d’obtenir des westerns et polars TV des premières grandes décennies de la série aux Etats-Unis. Négocier Hill Street Blues, matrice du policier moderne. Tenter de rafler Le Prisonnier, Columbo (pas évident: les droits sont chez Universal) ou Dallas. S’il faut séduire les francophones à mémoire, chercher à saisir Belphégor, un jalon.

Les séries ne sont pas, au moins plus, de la consommation audiovisuelle jetable. Elles ont leur patrimoine. Ceux qui profitent aujourd’hui à plein régime de leur popularité ont de fait une forme de responsabilité culturelle. Et puis, il y a une clientèle, comme pour Truffaut…

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