S’il y a une chose que l’on peut concéder à la grande machine Netflix, c’est qu’elle a le don de flairer les niches. Après les comédies pour ados, la nostalgie des eighties et les captations d’humoristes, la plateforme vidéo s’engouffre tête la première dans la hotte du Père Noël.

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Au cours des deux derniers mois, elle dévoilait six nouvelles productions originales sur le thème des Fêtes, auxquelles sont venus s’ajouter plusieurs films internationaux, un concours de pâtisserie spécial Noël et même deux séries spéciales. Au total, c’est une quinzaine de contenus festifs que Netflix a mis en ligne cette année, deux fois plus qu’en 2018.

«Après avoir observé, l’an dernier, les réactions tellement positives des consommateurs face aux films et séries de fin d’année, nous avons souhaité leur en offrir d’avantage en élargissant un peu notre offre», confirmait un porte-parole du géant rouge, relayé par le magazine Fortune.

Baiser sous les flocons

Aussi doucereux soit-il, le film de Noël reste un filon juteux (pour donner un ordre d’idée, Le Grinch version 2018 a amassé quelque 500 millions de dollars). Le cinéma l’ayant largement délaissé, la voie semblait toute tracée pour un service de streaming comme Netflix. Enfin, presque. Car en se positionnant sur ce scintillant marché, le groupe se mesure à d’autres gros poissons.

Le plus féroce étant Hallmark, cette marque américaine de cartes de vœux devenue leader du genre en lançant, il y a une dizaine d’années déjà, une chaîne dédiée aux films de Noël sur le câble. Aujourd’hui, Hallmark en compte trois, produit une quarantaine (!) d’inédits par année diffusés 24h sur 24. Sa formule? Les téléfilms romantiques, mielleux et hautement prévisibles – à l’image de ce dont nous arrosent TF1 ou M6 tous les après-midis de décembre.

Le scénario est toujours le même, à quelques détails près: une jeune femme, préférablement carriériste et solitaire, se retrouve pour les Fêtes dans un petit village isolé au nom impossible, où les gens s’entraident et sourient beaucoup. Elle y rencontre un bûcheron veuf et célibataire qui lui apprend les choses simples de la vie. Ils finissent par tomber amoureux et s’embrassent sous les flocons.

Des mièvreries devenues phénomènes culturels, savourées comme des plaisirs coupables, parfaites pour se vider la tête: en prime time, les films Hallmark cumulent jusqu’à 2 millions de téléspectateurs.

Un Jésus gay

C’est justement cette hégémonie du feel-good movie de Noël qu’a défié Netflix avec sa saga A Christmas Prince. Le premier volet, sorti en 2017, raconte l’histoire d’une journaliste partie enquêter sur le mystérieux prince du royaume d’Aldovia. Alors qu’elle découvre un secret de son passé… ils tombent amoureux et s’embrassent sous les flocons.

Le troisième volet, The Royal Baby, était l’une des sorties de la plateforme les plus attendues de l’année. Même par ceux qui détestent. «Les gens s’amusent tellement à se moquer du film, je trouve ça génial. Parce que tout ce que je veux, c’est qu’il leur apporte de la joie», confiait la scénariste du film, Karen Schaller, sur le site du Cosmopolitan.

A Holiday in the Wild, The Knight before Christmas… Netflix n’a pas attendu pour déballer d’autres romances hivernales, débordante de bons sentiments (la première), voire carrément abrutissante (la seconde). Mais la plateforme varie heureusement les plaisirs avec Klaus, dessin animé espagnol signé du créateur de Moi, moche et méchant sur les origines du Père Noël, ou Let it Snow, une touchante romance adolescente aux accents LGBT – une manière d’inviter un peu de diversité sous le sapin.

Pour certains, Netflix serait même allé trop loin dans sa réinterprétation de la Nativité. La mise en ligne de The First Temptation of Christ, un film parodique brésilien où Jésus est présenté comme homosexuel, fait déjà l’objet de deux pétitions sur les réseaux.