Rien à faire, l’obnubilation de certains face à Netflix m’étonne toujours. Même, elle me navre un peu. Présent sous nos latitudes depuis moins de cinq ans, le diffuseur web a pris une sidérante importance dans la vie des gens. Il n’a pourtant pas le monopole sur la vidéo en ligne, ne l’a jamais eu. Mais sa domination impressionne au point d’inquiéter – quoiqu’elle ne devrait pas durer.

Comprenons-nous, je n’ai rien contre Netflix. Le Temps n’a pas tardé à louer les réussites parmi ses séries originales, naguère Orange Is The New Black et surtout Narcos. Je viens d’engloutir en une journée Sex Education, sympathique fiction ado qui vaut mieux que son titre. Je ne compte pas les heures passées en magnifiques découvertes grâce au groupe de Reed Hastings.

Une critique: «Sex Education»: un cyclone d’hormones

Mais de là à en faire mon unique portail de fiction audiovisuelle, je ne franchirai jamais le pas. Pourquoi le ferais-je? Partout, les séries triomphent et gagnent en qualité, même chez les vieilles stations de TV. Les ancêtres s’ébrouent, les nouveaux acteurs vivifient encore le secteur.

Dès lors, je comprends mal la fixation que j’observe autour de moi, chez des proches, connaissances ou collègues, lesquels ne jurent que par le tadaaam. Causer séries revient à éplucher l’interface de Netflix, guetter son nouveau buzz. Rien, ailleurs, n’existe. De mon côté, après avoir dit mon enthousiasme à propos d’une série, je connais bien désormais ce voile dans le regard de l’interlocuteur, hautain et pâteux à la fois, après qu’il a appris qu’elle n’était pas sur Netflix.

Parmi d’autres, une série Netflix que nous avons encensée: «Seven Seconds», le sang de la cité

Si je vous enjoignais de ne vous informer qu’avec Le Temps, vous ricaneriez. A juste titre. Ce serait infiniment ridicule. Pourtant, nombre de personnes, bien formées et critiques par ailleurs, semblent trouver naturel de ne considérer qu’une seule fenêtre, de ne nourrir leur imaginaire en séries qu’auprès d’une unique mangeoire. Nous sommes en 2019, et des êtres cultivés font drôlement penser à monsieur et bobonne des années 1980, avachis devant la Télévision romande ou TF1.

Avec les nouveaux concurrents à venir, la situation va se compliquer. Espérons cependant que cela amènera davantage de diversité dans les choix.


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En vidéo: une histoire du triomphe des séries.