La porte vitrée s’ouvre sur un jardinet qui vibre de tous les verts du printemps. Ici, dans la campagne vaudoise, au-dessus de Nyon, on est très loin, dans le temps et l’espace, de Moundou, au sud du Tchad, où Nétonon Noël Djékéry a grandi, à la fin des années 1950. «Mon père était militaire. Nous vivions dans la garnison. Il y avait la partie française et la partie africaine. Mon père avait été recruté tout jeune comme tirailleur. A la bataille de Monte Cassino, il a été blessé. Il faisait partie de la deuxième division Leclerc qui comptait des dizaines de milliers de soldats noirs. Elle a été en se «blanchissant» au fur et à mesure qu’elle remontait vers Paris. Le 26 août 1944, lors du défilé sur les Champs-Elysées pour la libération de la ville, il n’y avait plus de tirailleurs. Les Américains avaient exigé qu’on ne voie pas de Noirs.»