Rock Industriel. Einstürzende Neubauten. Alles Wieder Offen. (Potomak/RecRec)

En 25 ans d'existence, «les Neubauten» - comme on les appelle en français - sont un peu devenus une marque indissociable du paysage sonore allemand. Blixa Bargeld et son gang, c'est un pan de l'histoire d'une Allemagne - avant et après la chute du Mur - passée dans des filtres successifs. Celui de la fureur métallique de Kollaps (1982), qui pose l'une des bases de ce que l'on nomme musique industrielle. Celui des mécaniques déclamatoires de Halber Mensch (1985). Sans oublier le virage vers un lyrisme romantique emprunté avec Tabula Rasa (1993).

Les Neubauten, c'est aussi la volonté de décloisonner le genre somme toute cryptique de la musique industrielle en jetant des ponts, par exemple vers le rock: ainsi Bargeld aura-t-il longtemps tenu la guitare des Bad Seeds de Nick Cave. On retrouve un peu tout cela dans Alles Wieder Offen, qui du coup prend parfois des airs de commémoration. On pourrait leur en vouloir. Mais l'ensemble est mené avec un tel souffle qu'il séduit rapidement: la voix d'aigle de Bargeld; les percussions métalliques de Rudolf Moser (qui parvient presque à faire oublier la défection, déjà ancienne, du légendaire FM Einheit); la basse ronde d'Alexander Hacke; une science encyclopédique du sampling...

Autant d'éléments mis au service d'un sens mélodique, d'un expressionnisme sonore et d'une liberté dans l'invention jamais pris en défaut.